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L’Inde relance la technologie du télescope à miroir liquide

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En partenariat avec l’Université de Liège, l’ARIES (*), un centre de recherche indien dédié à l’astronomie, vient de mettre en service le télescope international à miroir liquide (ILMT) sur son site de Devasthal dans l’Himalaya.

Le miroir de 4 mètres de diamètre de ce télescope est en fait un bol de mercure mis en rotation. La combinaison de la gravité et de la force centrifuge pousse le liquide dans une forme parabolique parfaite, exactement comme un miroir de télescope conventionnel. Cette relative simplicité permet de réduire considérablement le prix du télescope en évitant les opérations nécessaires pour produire le miroir d’un télescope classique : moulage du verre, préparation de la surface pour recevoir un film d’aluminium réfléchissant, etc.
A titre de comparaison, l’IMLT fabriqué par un consortium belge, canadien et indien a couté 2 millions de dollars alors que le télescope optique, doté d’un miroir en verre de 3,6 mètres de diamètre, construit sur le même site par le même consortium a couté 18 millions de dollars.

ARIES(*) : site de Devasthal dans l’Himalaya, à 2500 mètres d’altitude

Le télescope optique présente malgré tout quelques atouts spécifiques comme celui de permettre une orientation et donc un choix de cible plus large. Il n’empêche que pour Jean Surdej, professeur à l’Université de Liège et directeur du projet, « les choses simples sont souvent les meilleures ». Pour de nombreux astronomes, la technologie des miroirs liquides serait même parfaite sur la Lune, sans atmosphère et sans activité sismique. Une équipe de l’Université du Texas à Austin propose déjà la construction d’un télescope doté d’un miroir liquide de 100 mètres de diamètre. Ce télescope géant, baptisé Ultimately Large Telescope, pourrait se focaliser constamment sur le même morceau de ciel pendant des années depuis l’un des pôles de la Lune et recueillir le faible filet de photons des toutes premières étoiles qui ont illuminé l’univers, avant même que les galaxies n’existent. Le traitement du flux lumineux accumulé permettrait ainsi d’étudier les zones les plus lointaines et les plus anciennes de l’Univers. Pour James Roger Prior Angel, professeur d’astronomie et de sciences optiques à l’Université de l’Arizona, il existe “une opportunité pour construire un grand télescope à miroir liquide qui va au-delà de ce que les télescopes classiques peuvent faire“. Par ailleurs, selon Ermanno Borra, un chercheur canadien de l’Université Laval au Québec, des «liquides ioniques» (des sels avec des points de congélation bas) pourraient être adaptés aux conditions lunaires et pourraient remplacer le mercure s’ils étaient rendus réfléchissants avec une fine couche d’argent.

Le télescope à miroir liquide n’est pas vraiment une nouveauté. L’idée développée par l’université Laval de Québec, l’université de la Colombie-Britannique (UBC) et la NASA depuis 1982, avait permis la réalisation de quelques télescopes dépassant le stade du prototype. Les recherches avaient toutefois dû être abandonnées pour des raisons budgétaires au début des années 2000.

Avec le regain d’intérêt pour la Lune et la reprise de programmes ambitieux par la plupart des agences spatiales, le succès de l’ILMT de Devasthal pourrait donc relancer une technologie négligée jusqu’ici.

(*)ARIES (Aryabhatta Research Institute of Observational Sciences)

Le télescope à miroir liquide de 3 mètres, utilisé par la NASA de 1996 à 2000
dans le cadre de son programme de suivi des débris spatiaux. Source : NASA

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