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Vivre très longtemps et en bonne santé

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Selon les projections des Nations-Unies, d’ici la fin du siècle, l’espérance de vie à la naissance se situera entre 80 et 90 ans sur tous les continents.  Est-il possible d’aller au-delà ? Des chercheurs le croient.

Chez les vertébrés, le requin du Groenland vit 400 ans. Dans le règne animal, il existe même déjà un cas de quasi immortalité : celui de la méduse turritopsis nutricula. Cet animal de la branche des cnidaires est capable de remonter le temps. Elle commence sa vie sous forme d’un polype accroché au fond marin, comme l’anémone de mer, puis elle se transforme en méduse vagabonde avec ses longs tentacules. Par des mécanismes d’apoptose bloqués et de trans-différenciation, la méduse turritopsis nutricula peut redevenir polype en cas de blessure ou pour simplement éviter les effets de l’âge. Elle recommence alors un nouveau cycle de vie. Un peu comme si un papillon redevenait chenille.

Plus un organisme vieillit plus il est vulnérable aux agents pathogènes et aux accidents. Plus il avance en âge, plus sa probabilité de mourir augmente. La cause racine de la mortalité est donc le vieillissement.  Si la quête mythique de l’immortalité n’a guère de sens, l’objectif de traiter le vieillissement est par contre pertinent. Beaucoup de chercheurs considèrent aujourd’hui la vieillesse comme une maladie sexuellement transmise par nos gènes et ils pensent qu’il sera possible de la soigner dans un avenir pas si lointain.

Deux axes principaux de recherche sont explorés : la voie pharmaceutique pour trouver des médicaments qui ralentissent le vieillissement et la voie des biotechnologies pour régénérer les cellules vieillissantes ou corriger au niveau du génome les causes de ce vieillissement.

Sur la voie des médicaments, le groupe suisse Novartis expérimente, par exemple, une variante de la rapamycine, une molécule déjà utilisée pour lutter contre les phénomènes de rejet de greffes d’organes. Selon Matt Kaeberlein, un chercheur gérontologue reconnu de l’université de Washington, la durée de vie de souris traitées à la rapamycine augmenterait de 9 à 13%. Des premières études tendent à montrer qu’il en irait de même pour l’ensemble des eucaryotes dont l’espèce humaine fait partie. Un gain de 10% correspondrait donc à quelque chose comme 8-10 ans de vie en plus pour l’homme. D’autres molécules, déjà connues, comme la metformine, utilisée contre le diabète, pourrait aussi avoir un effet bénéfique sur le vieillissement. Enfin des enzymes spécifiques ont pu être identifiés comme ralentisseurs du vieillissement, en particulier chez certains homards qui vivent environ 100 ans.

Sur la voie des biotechnologies, une piste prometteuse semble celle de la régénération cellulaire basée sur un type particulier de cellules : les cellules souches. Ces cellules sont des cellules indifférenciées qui possèdent deux propriétés caractéristiques : elles peuvent se répliquer indéfiniment à l’identique et se spécialiser en n’importe quel type de cellules de notre corps. Dans le règne animal, il existe plusieurs organismes invertébrés maîtrisant la régénération cellulaire. Le plus connu est l’hydre, un polype d’eau douce que l’on trouve dans les cours d’eau où il se nourrit de petits invertébrés. L’hydre n’est pas immortelle elle mais peut néanmoins atteindre l’âge canonique de 1400 ans. Plusieurs laboratoires dans le monde travaillent actuellement sur cette voie de la régénération cellulaire et certains imaginent déjà la possibilité de régénérer les principaux organes humains (poumons, estomac, foie, rein, artères) quand ils commencent à donner des signes de faiblesse.

Une autre voie biotechnologique est également prometteuse, celle de la modification personnalisée de l’ADN. Lancé en 1990, le « Human Genome Project » parvenait en 2003 à décrypter les 3 millions de paires de nucléotides qui composent l’ADN humain. Il avait fallu 13 ans et 3 milliards de dollars pour réaliser ce séquençage. Aujourd’hui il est possible de faire réaliser la même analyse pour moins de 1000 dollars et le temps n’est plus très loin où le séquençage de son ADN deviendra aussi banal qu’une prise de sang et ne coûtera que quelques dizaines d’euros.  Par ailleurs  de nouveaux “outils” de biologie moléculaire, tel que l’éditeur de gène CRISPR-Cas9, deviennent disponibles pour permettre aux généticiens de modifier un ADN.

Les biotechnologies avancent vite comme l’illustre la mise au point de vaccins contre la Covid en quelques mois. Les mécanismes responsables du vieillissement de nos cellules sont en passe d’être identifiés avec précisions et nous devrions être en mesure de maîtriser ces mécanismes dans les prochaines décennies. Pour certains optimistes le premier bébé qui vivra 1000 ans naîtra avant la fin de ce siècle. Davantage que Mathusalem qui selon la bible a vécu 969 ans.

L’allongement de la vie a déjà des effets importants sur la famille mais il en aura de plus importants encore avec des centenaires qui seront alertes et capables de faire des enfants à un âge avancé. Que deviendra la famille quand les écarts entre les frères et les sœurs pourront atteindre, 20,30, 50 ou même 100 ans, avec des familles éventuellement recomposées plusieurs fois ? Les états-civils et les héritages risquent d’être compliqués à gérer.

Jadis, peu de personnes avaient la chance de connaître leurs arrière-grands-parents. Cela devient beaucoup plus fréquent et dans le futur il est vraisemblable que 5, 6 voire davantage de générations soient vivantes au même moment.

Extrait de l’Apogée, L’Avenir en Perspective de Jacques Carles et Michel Granger. Texte reproduit avec l’aimable autorisation des auteurs.

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