L’incertitude quant à l’avenir arrive en tête des motifs qui conduisent les Français à ne pas avoir d’enfants, devant les difficultés financières. C’est le principal enseignement du baromètre d’opinion de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), dont les résultats ont été rendus publics le 7 juillet 2026.
Menée avec Ipsos bva auprès de 4 002 personnes représentatives de la population métropolitaine âgée de 18 ans ou plus, interrogées en face-à-face du 13 octobre au 18 décembre 2025, l’enquête éclaire un basculement des mentalités. Là où les débats publics mettent souvent en avant le coût de la vie ou le manque de crèches, les sondés placent en premier une inquiétude plus diffuse, mêlant guerres, tensions économiques et dérèglement climatique.
Une inquiétude qui prime sur le portefeuille
Selon la Drees, 46 % des personnes interrogées estiment que l’incertitude sur l’avenir pèse fortement dans la décision de ne pas fonder de famille. Le manque de ressources financières suit à 40 %, devant l’absence de stabilité professionnelle, citée par 29 % des répondants. Viennent ensuite le fait de ne pas être en couple stable (22 %), la difficulté à concilier vie familiale et professionnelle (18 %), la crainte des responsabilités parentales (17 %) et l’inadaptation du logement (14 %).
Ce classement traduit une lecture largement socio-économique et géopolitique du renoncement à la parentalité. Les répondants n’y voient pas d’abord un choix intime, mais la conséquence d’un environnement jugé instable, sur lequel les ménages estiment avoir peu de prise.
Des motifs qui varient selon l’âge et le revenu
Les réponses se déplacent nettement d’une génération à l’autre. Chez les moins de 35 ans, l’incertitude sur l’avenir recule à 41 %, tandis que le manque d’argent grimpe à 44 % parmi les 25-34 ans, tranche la plus directement confrontée à l’entrée dans la vie active et à l’accès au logement. À l’inverse, les 65 ans et plus placent l’incertitude en tête à 50 %, et évoquent moins la contrainte financière (36 %).
Le niveau de vie accentue encore ces écarts. Parmi les personnes disposant de moins de 1 000 euros par mois, la moitié cite le manque d’argent comme frein déterminant, contre 43 % dans la tranche de 1 000 à 2 400 euros. La contrainte matérielle apparaît donc d’autant plus forte que les revenus sont modestes, quand les plus âgés et les plus aisés mettent davantage l’accent sur le climat général.
Paris et les campagnes ne répondent pas la même chose
La géographie dessine elle aussi des profils contrastés. Dans les communes rurales, contrainte financière et incertitude sur l’avenir se retrouvent à égalité, citées par 46 % des habitants chacune. Dans l’agglomération parisienne, les réponses se déportent vers des freins plus liés au parcours de vie, avec 30 % des répondants évoquant l’absence de couple stable, 22 % la difficulté à concilier travail et famille et 20 % un logement inadapté.
Ces variations rappellent que le renoncement à un enfant ne recouvre pas une réalité unique. Selon la Drees, il agrège des situations très différentes, du jeune actif urbain retardant ses projets à la personne âgée portant un regard rétrospectif sur les conditions de la parentalité.
Une photographie qui rejoint la baisse des naissances
Ce baromètre s’inscrit dans un contexte démographique tendu, documenté par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Dans son bilan démographique, l’Insee recense 645 000 bébés nés en France en 2025, soit 2,1 % de moins qu’en 2024 et 24 % de moins qu’en 2010, dernière année de pic des naissances. L’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme, contre 1,61 un an plus tôt, son plus bas niveau depuis la fin de la Première Guerre mondiale.
Dans le même temps, la structure de la population se déforme. La part des 65 ans et plus est passée de 14,9 % en 1995 à 21,8 % en 2025, tandis que celle des moins de 20 ans a reculé de 26,4 % à 22,9 %. En croisant ces tendances lourdes avec les motivations exprimées dans le baromètre, les données de la Drees et de l’Insee suggèrent que le ressort du renoncement à un enfant tiendrait moins à un rejet de la parentalité qu’à un sentiment d’instabilité durablement installé dans les foyers.

