L’industrie manufacturière française renoue avec la croissance en juin, les services restent à la peine

L’industrie manufacturière française est repassée en territoire de croissance en juin, tandis que les services ont continué de se contracter, selon les indices PMI définitifs publiés le 3 juillet par S&P Global Market Intelligence. Une reprise partielle qui contraste avec les signaux récessifs du mois de mai.

L’indice PMI manufacturier s’est établi à 51,2 points, au-dessus du seuil de 50 qui sépare l’expansion de la contraction, contre 49,7 en mai. Ce chiffre a été révisé à la hausse par rapport à une première estimation de 50,7 point livrée mi-juin. Dans le même temps, l’indice des services est resté enfoncé sous la barre des 50, à 46,8 points, un niveau toutefois nettement supérieur aux 44,3 du mois précédent. L’indice composite, qui agrège les deux secteurs, a atteint 47,2 points, marquant un sixième mois consécutif de repli de l’activité du secteur privé, mais moins prononcé qu’en mai.

Un secteur privé qui se contracte moins vite

Le maintien de l’indice composite sous le seuil des 50 points signale que l’activité privée continue de reculer, mais le rythme de cette baisse s’est atténué par rapport au plus bas de vingt-huit mois enregistré en mai. La production a diminué à la fois dans l’industrie et dans les services, à un rythme plus modéré, porté par une amélioration de la demande des clients.

Pour Joe Hayes, économiste principal chez S&P Global Market Intelligence, la photographie du mois est moins sombre que redouté. « Tout bien considéré, l’enquête PMI de juin pour la France aurait pu être bien pire, surtout après les signaux d’alerte de récession pointés par les chiffres de mai et la révision à la baisse du PIB du premier trimestre », a-t-il déclaré.

La demande et la confiance toujours en berne

Le rebond mesuré ne saurait masquer des fragilités persistantes. Selon l’enquête, qui interroge un panel de directeurs d’achats sur leur production, leurs carnets de commandes, leurs effectifs et leurs prix, la demande reste atone et la confiance des chefs d’entreprise demeure faible. Les anticipations d’activité pour les mois à venir se sont toutefois raffermies en juin, mettant fin à cinq mois consécutifs de dégradation du moral.

« Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est le fait que l’économie française reste engluée dans une demande morose, une confiance des entreprises fragile et de fortes pressions inflationnistes », a nuancé Joe Hayes. Dans l’industrie, les usines ont légèrement augmenté leurs effectifs, alors que les arriérés de production ont continué de s’accumuler.

L’inflation des coûts au plus haut depuis quatre ans

Le point de vigilance majeur reste celui des prix. Les coûts de production supportés par les industriels ont progressé à leur rythme le plus rapide depuis quatre ans, tirés par les carburants, les métaux et les produits chimiques. Les prix de vente ont eux aussi accéléré, à leur cadence la plus soutenue depuis une quarantaine de mois.

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui maintiennent les cours du pétrole sous pression, avec des répercussions directes sur les factures énergétiques des entreprises. La persistance de ces pressions sur les coûts complique le pilotage des marges, alors que la demande finale peine à absorber des hausses de prix.

Un signal à confirmer pour la conjoncture

La divergence entre une industrie qui repart et des services qui restent en repli illustre la fragilité de la reprise. Les services représentent la part la plus importante de l’activité économique française, si bien que leur contraction continue de peser sur l’ensemble, malgré l’embellie manufacturière.

Les indices PMI, établis à partir des réponses d’un panel de directeurs d’achats, constituent l’un des indicateurs avancés les plus scrutés pour anticiper l’évolution du produit intérieur brut. Une note du Trésor publiée en début d’année avait toutefois relevé que la sensibilité de la croissance du PIB à l’indice composite s’était affaiblie depuis la crise sanitaire, invitant à la prudence dans la lecture de ces signaux. La confirmation d’un redressement dépendra des prochaines livraisons statistiques, à commencer par les enquêtes de conjoncture de l’INSEE et de la Banque de France.

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Jacques CARLES