L’Assemblée nationale rejette la motion de censure des écologistes contre le gouvernement Lecornu

L’Assemblée nationale a largement rejeté, lundi 6 juillet, la motion de censure déposée par les députés écologistes contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, accusé d’inaction face aux canicules de juin. Le texte n’a recueilli que 132 voix, très loin des 289 requises pour renverser l’exécutif.

Ce scrutin referme une séquence ouverte le 2 juillet, lorsque la présidente du groupe écologiste, Cyrielle Chatelain, et une cinquantaine de cosignataires avaient officialisé leur initiative. En liant censure et politique climatique, l’opposition de gauche entendait faire du dérèglement un sujet de responsabilité gouvernementale directe, à quelques mois d’échéances électorales. Le résultat illustre surtout les divisions persistantes du bloc de gauche.

Un vote sans suspense arithmétique

Avec 132 voix pour, la motion s’est arrêtée à moins de la moitié du seuil de renversement, fixé à la majorité absolue des membres de l’Assemblée, soit 289 sur 577. Le texte, porté par les écologistes et signé notamment par des élus de La France insoumise, a bénéficié du soutien massif de ces deux groupes, mais n’a pas trouvé de relais suffisant au-delà. Une motion de censure ne peut aboutir que si une majorité de députés vote explicitement pour, les abstentions et les absences profitant mécaniquement au gouvernement.

Le Parti socialiste, fort de 68 députés, ne s’est que partiellement joint à l’initiative. Seuls une vingtaine d’élus PS, dont le premier secrétaire Olivier Faure, ont voté la censure, le reste du groupe s’y refusant. Le Rassemblement national, de son côté, n’a pas voté le texte, son représentant Sébastien Chenu renvoyant dos à dos l’exécutif et les auteurs de la motion, dont il a critiqué la démarche. Cet éparpillement des voix a privé la motion de toute chance de succès dès le dépôt.

Le climat et la canicule au cœur de l’accusation

Les députés écologistes reprochaient au gouvernement une réponse jugée insuffisante aux fortes chaleurs qui ont marqué le mois de juin, décrit comme l’un des plus chauds mesurés en France depuis l’après-guerre. La motion pointait notamment la surmortalité attribuée aux épisodes caniculaires et la réduction des moyens consacrés à l’adaptation des territoires.

Défendant le texte dans l’hémicycle, la députée Marie-Charlotte Garin a mis en cause la responsabilité des décideurs publics. « La canicule a ce génie funeste ; elle tue », a-t-elle lancé, imputant à l’inaction gouvernementale une partie des conséquences sanitaires des vagues de chaleur. Les auteurs de la motion soutenaient que le recul des budgets d’adaptation intervenait au plus mauvais moment, alors que les épisodes extrêmes se multiplient.

La bataille des chiffres sur le Fonds vert

Au centre de la contestation figurait le Fonds vert, principal levier de financement des collectivités pour l’adaptation aux dérèglements climatiques. Doté de 2,4 milliards d’euros en 2024, il aurait été ramené à 837 millions d’euros pour l’exercice 2026, selon les données avancées par les auteurs de la motion, après un rabotage supplémentaire estimé à 162,5 millions.

Le gouvernement conteste la lecture d’une désaffection pour la transition. Sébastien Lecornu a fait valoir que les émissions de gaz à effet de serre auraient reculé cinq fois plus vite depuis 2017, présentant la motion comme une instrumentalisation à visée électorale plutôt qu’un débat de fond sur les moyens. L’exécutif a également mis en avant, pour l’été, une enveloppe destinée aux établissements de santé afin de faire face aux fortes chaleurs, ainsi qu’un renforcement annoncé des crédits de rénovation énergétique des hôpitaux, dont les montants définitifs restent à confirmer.

Une gauche exposée dans ses divisions

Au-delà du sort du gouvernement, jamais réellement menacé, le scrutin a mis en lumière l’absence de front commun à gauche. Le refus d’une large part des socialistes de voter la censure, comme la mise à distance opérée par le Rassemblement national, ont laissé écologistes et insoumis isolés sur un texte qu’ils espéraient rassembleur.

Cette division intervient à un moment sensible pour l’exécutif, appelé à présenter à la mi-juillet ses orientations pour le projet de loi de finances 2027. Sébastien Lecornu a prévenu que le déficit public pourrait s’aggraver en l’absence de budget voté à temps, un argument que le gouvernement oppose aux demandes de hausse des dépenses d’adaptation. Le débat climatique, faute d’avoir renversé le gouvernement, devrait ainsi se rejouer lors de l’examen budgétaire de l’automne.

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Jacques CARLES