Pour la première fois en dix ans, les allocations chômage ne sont pas revalorisées au 1er juillet

Pour la première fois depuis dix ans, les allocations chômage versées par France Travail n’ont pas été revalorisées au 1er juillet 2026 : le patronat a refusé la hausse demandée par les syndicats, laissant deux millions de demandeurs d’emploi sans compensation face à l’inflation.

Un refus patronal sans précédent depuis 2014

La revalorisation des allocations chômage est normalement négociée chaque année entre partenaires sociaux dans le cadre de la convention d’assurance chômage. Les organisations syndicales — CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC — avaient défendu d’une seule voix une hausse de 2,41 %, calculée pour compenser l’évolution de l’indice des prix à la consommation entre juillet 2025 et juin 2026.

Le MEDEF, la CPME et l’U2P ont refusé cette revalorisation, invoquant le déficit de l’assurance chômage — estimé à 3,5 milliards d’euros pour 2026 par l’Unédic — et la dégradation de la conjoncture économique. C’est la première fois depuis 2014 qu’aucun accord n’est trouvé pour actualiser les montants.

Deux millions d’allocataires touchés

Selon les statistiques de France Travail, 2,1 millions de demandeurs d’emploi perçoivent l’aide au retour à l’emploi (ARE). Pour un allocataire touchant l’allocation journalière moyenne de 39 euros, l’absence de revalorisation représente un manque à gagner d’environ 90 centimes par jour, soit 27 euros par mois.

Ce montant peut paraître modeste à l’échelle individuelle, mais illustre une tension croissante entre le régime d’assurance chômage et la réalité des dépenses des ménages. L’inflation alimentaire cumulée depuis 2021 dépasse 20 % en France, selon les données publiées par l’INSEE.

Le taux de chômage atteignait 8,1 % au premier trimestre 2026, selon les données de l’INSEE publiées en mai dernier — un niveau en légère hausse par rapport à l’année précédente.

De nouvelles conditions de versement renforcées en parallèle

La non-revalorisation intervient au même moment que l’entrée en vigueur, le 27 juin 2026, d’un durcissement des conditions d’accès à l’ARE. Depuis cette date, les demandeurs d’emploi doivent disposer d’un compte bancaire domicilié en France pour percevoir leurs allocations — une mesure qui vise à éviter les versements vers des comptes étrangers mais qui affecte aussi certaines personnes en situation précaire.

Le ministère du Travail a confirmé que des délais de grâce seraient accordés aux personnes dans l’impossibilité d’ouvrir rapidement un compte en France, sans préciser leur durée exacte.

Les seniors, les plus exposés à la réforme en cours

En toile de fond, la réforme de l’assurance chômage de 2023 continue de produire ses effets, notamment sur les travailleurs les plus âgés. La durée d’indemnisation a été raccourcie selon les tranches d’âge.

  • Les salariés de moins de 55 ans subissent une durée raccourcie de 3 mois par rapport aux règles antérieures à 2023.
  • Les salariés entre 55 et 57 ans perdent 2,5 mois d’indemnisation.
  • Les salariés de plus de 57 ans, les plus vulnérables, voient leur durée réduite de 6,5 mois — compliquant la jonction entre fin des allocations et départ à la retraite.

La prochaine négociation fixée à l’automne

Les partenaires sociaux se retrouveront en septembre 2026 pour entamer une nouvelle négociation sur la convention d’assurance chômage. Les syndicats ont annoncé qu’ils conditionneraient leur participation à l’inscription à l’agenda d’une revalorisation rétroactive couvrant le gel du 1er juillet.

Le ministère du Travail a indiqué que les discussions à venir devront trouver « un équilibre entre soutenabilité financière du régime et maintien d’une protection effective pour les plus fragiles » — une formulation jugée insuffisante par les organisations de salariés, qui réclament un engagement chiffré avant la rentrée.

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Jacques CARLES