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Les enjeux futurs d’internet

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Dans les années 1960 à l’Université, l’informatique en était encore qu’à ses débuts. Il fallait écrire ses propres programme et ses données sur des cartes perforées que l’on confiait à une énorme machine, un ordinateur, laquelle nous restituait le lendemain une liasse de papier où figuraient les résultats des calculs. Puis vint l’ordinateur personnel doté d’un écran et d’une imprimante. Nous pouvions toujours écrire des programmes pour traiter nos données mais nous pouvions aussi utiliser des programme faits par d’autres (word, excel..). Nos données et les résultats restaient sur notre disque dur. Tout cela nous appartenait et nul n’avait accès à ces informations. Quelques années après, en entreprise, l’ordinateur personnel était devenu un terminal. Avec les autres ordinateurs de l’entreprise, il faisait parti d’un réseau et il avait accès à un ordinateur plus gros, le serveur central, sur lequel était stockés les bases de données et des logiciels.

Chacun pouvait toujours stocker des informations sur le disque dur de son poste de travail, il pouvait aussi les partager avec d’autres et avoir accès aux ressources communes stockées sur le serveur central. L’entreprise avait néanmoins le contrôle centralisé du réseau et des logiciels utilisés.
En 1966 la DARPA, l’agence de recherche technologique du ministère de la Défense des États-Unis[1], lance le projet d’un réseau informatique délocalisé reliant les universités en contrat avec elle. Plutôt que de centraliser le réseau autour d’un serveur unique comme dans une entreprise le choix est fait de faire jouer ce rôle à plusieurs ordinateurs, chacun placé à un nœud du réseau. Pour les militaires, ce choix stratégique répondait au besoin de continuer à faire passer l’information si un ou plusieurs relais étaient détruit par l’ennemi. Il allait en résulter l’ARPANET, l’ancêtre d’Internet qui fait ses débuts officiels le 20 septembre 1969.

Les deux premiers nœuds qui forment l’Arpanet sont l’université de Californie à Los Angeles et l’Institut de recherche de Stanford. Rapidement, de nouveaux raccordements furent ajoutés au réseau, portant le nombre de « nœuds » à 23 en 1971, puis à 111 en 1977. La barre du million de nœuds interconnectés sera franchie au début des années 1980.

Parallèlement l’ARPANET se scinde en deux réseaux, l’un pour les militaires qui deviendra le DDN (Defense Data Network) l’autre pour les universitaires et monde civil qui allait devenir l’Internet, l’informatique décentralisée pour tous que nous connaissons, auquel se sont greffé les réseaux des entreprises. Les seules contraintes qui limite l’ouverture du système sont d’une part alors la nécessité de passer par un intermédiaire, appelé fournisseurs d’accès, pour ce brancher sur le réseau internet et d’autre part le contrôle centralisé des noms de domaines et adresses de sites internet par l’ICANN dont le siège est en Californie. Cette structure, sous la dépendance du gouvernement américain jusqu’en 1996 est à présent une organisation internationale à but non lucratif où tous les pays sont représentés au conseil de surveillance.

La liberté qui caractérise l’internet où chacun peut s’exprimer, émettre des opinions ou encore partager toutes sortes de contenus est aujourd’hui menacé par le phénomène de concentration qui touche le secteur des nouvelles technologie de l’information et de la communication.

Quelques grands acteurs tendent au monopole dans leur domaine. Ces géants rachètent les sociétés innovantes qui ont fait la créativité web et peu à peu l’essentiel de l’usage de l’Internet passe par eux. Avec le nuage, le cloud, ils hébergent de plus en plus nos données. Ils proposent également aux particuliers comme aux entreprises d’héberger les applications logicielles et de nouveaux services pour visualiser ou utiliser ces données.

Les tablettes et les smartphones deviennent les interfaces naturelles pour accéder à l’internet et au nuage où se trouvent nos photos et nos divers documents. L’ordinateur personnel perd de son utilité. Plus personne ou presque ne développe ses logiciels. Beaucoup de particuliers ou d’entreprises ne stockent même plus leurs données personnelles sur leur ordinateur mais les confient au cloud, c’est-à-dire à Google, Apple, Facebook et quelques autres qui sélectionnent pour nous les logiciels et les applications dont nous avons besoin pour visualiser ou exploiter nos données. Les profils des utilisateurs deviennent des actifs valorisables, ils sont devenus au centre de l’économie du net, plus importants même que les contenus rédactionnels et médiatiques.

La localisation et le contrôle des données deviennent donc des enjeux majeur pour l’internet du futur. Au niveau politique, la Chine a réussi à imposer à Google et aux autres géants américains de l’internet la localisation sur son territoire des serveurs abritant les bases de données des utilisateurs nationaux. La Chine encourage par ailleurs l’émergence d’acteurs nationaux capable de rivaliser avec les géants occidentaux du web. Dans l’empire du milieu, les moteurs de recherche Baidu, Qihoo, Shenma ou Sogou sont très loin devant Google et le site de vente en ligne Alibaba n’a rien à envier à l’américain Amazon qui domine le monde occidental. L’émergence de ces champions nationaux en Chine annonce en fait la fin de la domination américaine sur le réseau mondial. La Chine avec ses quelque 800 millions d’internautes s’apprête à prendre le relai. L’Inde qui en compte 500 millions et qui dispose de grands talents en informatique devrait également devenir un acteur de premier plan pour façonner l’avenir de l’internet.

Le contrôle de nos données personnelles par les grands acteurs de l’internet (ou par les états) peut nous amener vers une abominable société orwellienne. Face à ce risque, des réfractaires travaillent à une nouvelle informatique pour retrouver l’esprit de décentralisation et de liberté des débuts du web. Ils s’inspirent des outils « peer-to-peer » (de pair à pair, d’égal à égal) qui furent un temps populaires pour l’échange pirate de fichier de musique ou de vidéo. Le principe est de mettre en commun les ressources des ordinateurs connectés ce qui permet d’éviter le recours à un serveur central et de distribuer l’exploitation et les applications sur les machines personnelles du réseau. Partants de ce principe issu des milieux de « l’internet libre », des génies de l’informatique préparent une nouvelle révolution dont les conséquences sur la société peuvent-être encore plus importantes que celles qu’a induite l’internet à ce jour. La technologie blockchain est l’illustration la plus aboutie à ce jour du mouvement en cours.

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[1] DARPA : Defence Advanced Research Projects Agency

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