Comment éviter un désastre climatique

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Le dernier livre de Bill Gates vient d’être traduit en français et publié chez Gallimard.
Jean Renard (Ph.D, Montréal), le traducteur en anglais de L’Apogée, nous en livre ici un résumé.

Tout d’abord quelque peu sceptique, Bill Gates devint peu à peu convaincu de l’urgence de la crise climatique alors qu’il s’informait du problème auprès de scientifiques, ingénieurs, sociologues, politiciens, et philosophes étudiant la question. Sa conviction n’est donc pas un acte de foi mais un processus rationnel d’analyse de données le conduisant à la conclusion qu’afin d’éviter un désastre climatique, il était nécessaire d’accomplir 3 choses :

  • Éliminer les émissions de gaz à effet de serre (GES)
  • Déployer vite et intelligemment les outils que nous possédons déjà : énergie solaire et énergie éolienne
  • Créer et déployer les développements technologiques nécessaires pour complémenter les technologies existantes et atteindre le but final.

Il est essentiel d’éliminer les émissions de gaz à effet de serre pour rétablir l’équilibre du cycle terrestre du carbone et stopper ainsi le réchauffement de la planète. Il faut donc éliminer les 51 million de tonnes de gaz à effet de serre qui sont émis chaque année. Ces émissions proviennent de tous les secteurs d’activité :

  • 31% de la fabrication des matériaux dont nous nous servons : ciment, acier, plastiques, etc.
  • 27% de la production d’électricité
  • 19% de l’agriculture (plantes et animaux)
  • 16% des transports : autos, avions, camions, bateaux
  • 7% de la climatisation de nos édifices (chauffage, air conditionné).

Il faudra donc éliminer l’utilisation de combustibles fossiles dans tous ces domaines, une tâche énorme, difficile, mais non impossible selon l’analyse de Bill Gates.

Il analyse chaque domaine, introduisant le concept de « surcharge verte », définie comme le coût additionnel de production utilisant une technologie verte, comparée au coût actuel, utilisant les sources d’énergie fossiles. Cette approche permet de comparer les différentes options qui existent ou sont en développement et de sélectionner ainsi les plus prometteuses. Le résultat de l’analyse peut être résumé comme suit :

  • L’adoption de l’électricité comme principale source d’énergie est la pierre d’achoppement de la « décarbonisation » de l’économie et les combustibles fossiles devront être éliminer de la production d’électricité. L’énergie solaire et l’énergie éolienne devront être utilisées au maximum. Cependant, leur production étant intermittente et les technologies actuelles de stockage (batteries, électrolyse, etc.) étant coûteuses, Bill Gates voit la nécessité d’inclure l’énergie nucléaire comme une source sûre et continue d’électricité. Une nouvelle génération de réacteurs plus sécuritaires et moins couteux assurera la relève avant l’arrivée de la fusion nucléaire. Une modernisation et rationalisation du système de distribution de l’électricité sera également nécessaire.
  • Autant que possible, l’électricité devra être utilisée comme source d’énergie dans tous les procédés utilisés pour la fabrication des matériaux que nous utilisons quotidiennement : ciment, acier, plastic, verre, etc. Lorsque cela est impossible, comme pour le ciment, pour lequel CO2 est un sous-produit incontournable du procédé de production, les nouvelles technologies de capture du CO2 devront être mises en œuvre.
  • L’élimination des GES des activités agricoles est probablement la plus difficile à réaliser. Des approches diverses sont suggérées : nouveaux procédés pour la production d’engrais, développement de plantes à haut rendement ou résistantes à la sécheresse, production de viandes artificielles à partir de plantes ou de cellules animales etc. Quoiqu’il encourage la plantation d’arbres, Bill Gates souligne que ce ne peut être la solution miracle.
  • Les transports, par contre offrent des solutions plus simples et réalisables.

Toutes les automobiles, tous les autobus et camions de livraisons devront être électriques, une transformation déjà bien en cours. Pour le camionnage longue distance, l’aviation et les transports maritimes de nouveaux carburants liquides produits de sources renouvelables devront être développés. Maximiser l’efficacité d’utilisation de ces carburants et rationaliser les réseaux de transports devront également jouer un rôle important.

  • Pour la climatisation de nos édifices, électrification et conservation seront les deux principales avenues pour éliminer les émissions de ce domaine d’activité.

La réalisation de ce plan nécessitera un investissement considérable pour la recherche et la mise en œuvre des nouveaux procédés qui seront requis. Une collaboration étroite et soutenue entre les pouvoirs publiques et le secteur privé sera essentielle, tant au niveau national qu’au niveau international. Les gouvernements peuvent contribuer le plus pour le financement de la recherche, particulièrement dans la phase initiale ou l’incertitude est la plus grande. Ils peuvent également contribuer à créer un environnement fiscal et financier encourageant l’investissement du secteur privé. Ce dernier est le mieux placé pour le développement et la mise en marché des nouvelles technologies. Le développement des vaccins durant la pandémie COVID-19 démontre que cette collaboration des secteurs publiques et privés est non seulement possible mais fut, dans ce cas, couronnée de succès.

Chaque individu à son rôle à jouer en tant que citoyen en faisant pression sur le gouvernement et en tant que consommateur en achetant préférentiellement les produits des technologies vertes.

Tout en admettant que la tâche sera difficile, Bill Gates est certain que l’objectif d’éliminer l’émission annuelle de 51 millions de tonnes de GES en 2050 est non seulement possible mais essentiel à atteindre.

Écrit dans un style direct, facile à comprendre, dénué de jargon technique, le livre présente une analyse rationnelle du problème et des solutions potentielles. 

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