À Grenoble, la tour Perret rouvre au public après soixante ans de fermeture

Le 11 juillet 2026, la tour Perret a de nouveau accueilli des visiteurs au sommet de son belvédère, dans le parc Paul-Mistral de Grenoble. Fermé au public depuis le milieu des années 1960, ce premier gratte-ciel en béton armé d’Europe achève ainsi sept années d’études et de travaux, engagées en 2019, qui ont rendu à la ville l’un de ses repères les plus singuliers. La veille, la municipalité avait organisé une inauguration festive au pied de l’édifice.

Classée monument historique en 1998, la tour dressée pour l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme de 1925 rouvre l’année de son centenaire. Sa restauration, l’une des plus délicates jamais menées sur un ouvrage en béton du XXe siècle, aura mobilisé chercheurs, architectes et entreprises spécialisées pendant plusieurs années.

Un manifeste de béton signé Auguste Perret

Conçue par l’architecte Auguste Perret (1874-1954), pionnier de l’usage du béton armé dans l’architecture, la tour culmine à près de quatre-vingt-dix mètres et repose sur huit piliers élancés qui lui donnent sa silhouette effilée. À sa construction, en 1925, elle est présentée comme la plus haute structure en béton armé d’Europe, une prouesse destinée à célébrer le savoir-faire industriel de la région et l’essor de l’hydroélectricité.

L’ouvrage était toutefois expérimental. Le béton employé par Perret n’offrait qu’un enrobage insuffisant des armatures métalliques, exposées à la corrosion, tandis que les écarts thermiques marqués de la cuvette grenobloise, où la surface du béton peut connaître des variations de plusieurs dizaines de degrés, fatiguaient la structure. Ces fragilités, aggravées au fil des décennies, avaient conduit à fermer le belvédère au public dès les années 1960, l’accès étant notamment condamné par la vétusté de son ascenseur.

Sept ans pour réparer un monument fragile

La restauration a été conduite sous la maîtrise d’œuvre de François Botton, architecte en chef des monuments historiques, pour le compte de la Ville de Grenoble. Une longue phase de diagnostic a précédé le chantier proprement dit, afin d’identifier les zones de béton dégradé et l’état des armatures.

Les équipes ont purgé les bétons abîmés, traité les aciers par injection, puis reconstitué la matière par projection, en portant l’enrobage protecteur de deux à quatre centimètres pour mieux isoler les armatures de l’humidité. Les fondations, qui reposent sur des pieux enfoncés à une quinzaine de mètres de profondeur, ont elles aussi été confortées par injection de coulis dans les piles. L’enjeu n’était pas seulement technique : il fallait aussi retrouver la teinte ocre d’origine du béton de Perret, indissociable de l’aspect voulu par l’architecte.

Retrouver la couleur d’un béton centenaire

Pour reformuler ce béton coloré, les restaurateurs ont recherché des granulats comparables à ceux d’époque, d’un calibre proche de quarante millimètres. Ils les ont finalement trouvés dans les alluvions de l’Isère, à quelques kilomètres du monument, garantissant une continuité de matière et de nuance avec l’ouvrage de 1925.

Pour Cédric Avenier, architecte et docteur en histoire de l’art associé au chantier comme expert du béton patrimonial, l’édifice mérite d’être considéré pour lui-même : « C’est une œuvre d’art à part entière », résume-t-il, insistant sur la valeur intrinsèque de cette architecture de béton longtemps regardée comme un simple ouvrage utilitaire.

  • Édifiée en 1925 pour l’Exposition de la houille blanche
  • Classée monument historique en 1998
  • Restauration menée de 2019 à 2026, réouverture le 11 juillet 2026

Un belvédère rendu aux Grenoblois

Depuis le 11 juillet, le public peut de nouveau gravir la tour pour embrasser un panorama à 360 degrés sur la ville et les massifs du Vercors, de la Chartreuse et de Belledonne. La veille, la municipalité avait convié les habitants au pied de l’édifice, dans le parc Paul-Mistral, pour une soirée d’inauguration mêlant spectacles, concerts et animations.

Au-delà de la performance technique, la réouverture consacre une reconnaissance patrimoniale : celle du béton armé du premier XXe siècle comme héritage à préserver au même titre que la pierre. La tour Perret retrouve ainsi la fonction de point de vue qu’elle exerçait à sa création, un siècle après avoir été pensée comme vitrine de la modernité.

Picture of Jacques CARLES

Jacques CARLES