Polina Panassenko a reçu jeudi 3 septembre le quatorzième prix littéraire Le Monde pour son deuxième roman, « À voix haute » (L’Olivier), remis à l’Hôtel de Massa, à Paris, au tout début de la saison des grands prix d’automne.
La distinction ouvre le calendrier des récompenses de la rentrée, quelques jours avant les premières sélections du Goncourt et du Renaudot. Elle place l’autrice franco-russe, née en 1989 et arrivée enfant en France, dans une position de favorite officieuse, dans le sillage de Laurent Mauvignier, lauréat 2025 du même prix avant de décrocher le Goncourt.
Un jury de treize journalistes
Le prix littéraire Le Monde est décerné par un jury de treize journalistes du quotidien, présidé par son directeur, Jérôme Fenoglio. Créé en 2013, il récompense, selon sa définition officielle, « un roman francophone de la rentrée littéraire, choisi à la fois pour ses qualités littéraires et pour la vision du monde qu’il propose ».
Le palmarès rassemble depuis douze ans des noms installés de la littérature française : Emmanuel Carrère, Alice Zeniter, Jérôme Ferrari ou Cécile Coulon figurent parmi les lauréats des éditions précédentes. En 2025, Laurent Mauvignier l’avait emporté pour « La Maison vide », qui a ensuite reçu le Goncourt, un enchaînement que la presse littéraire commente déjà comme un possible signal. La cérémonie s’est tenue à l’Hôtel de Massa, siège de la Société des gens de lettres, dans le 14e arrondissement de Paris.
Un roman entre la France et Moscou
« À voix haute » suit une jeune femme qui, après avoir grandi en France, part en Russie chez son grand-père pour entrer à l’École du théâtre national de Moscou, au début des années 2010. Le récit croise l’apprentissage du métier d’actrice et une enquête familiale, jusqu’à la figure d’un aïeul victime du stalinisme. La réélection de Vladimir Poutine et les manifestations qui la suivent traversent en toile de fond ce roman de formation, écrit par une autrice qui a elle-même suivi une formation de comédienne.
Le jury décrit un texte qui aborde « l’identité, l’exil, la langue et la transmission », sur un ton tour à tour « grave » et « souvent drôle », selon la présentation retenue par le quotidien. Le roman est paru le 21 août, dans une rentrée littéraire de 461 romans, en légère baisse par rapport à 2025.
Une lauréate déjà primée pour son premier roman
Polina Panassenko n’en est pas à sa première reconnaissance. Son premier roman, « Tenir sa langue » (L’Olivier, 2022), avait obtenu le prix littéraire de la Porte Dorée en 2023 et rencontré un large public : environ 25 000 exemplaires vendus en grand format, puis près de 35 000 en poche dans l’édition Points de 2023, selon Livres Hebdo.
Le nouveau titre reste, lui, en tout début de course commerciale. « À voix haute » s’était écoulé à environ 1 500 exemplaires depuis sa sortie, d’après les chiffres cités par Livres Hebdo au moment de l’annonce, un volume que le prix pourrait faire nettement grimper à l’approche de l’automne. Écrivaine, traductrice et comédienne, l’autrice puise dans ce parcours théâtral la matière même de son livre.
Un premier jalon avant Goncourt et Renaudot
Le prix littéraire Le Monde n’est pas doté financièrement, mais il offre une visibilité recherchée à l’entrée de la période la plus dense de l’année pour l’édition. Contrairement aux grandes académies, il tranche en une seule fois, sans sélections successives, ce qui en fait l’un des premiers verdicts complets de la saison.
La suite du calendrier est déjà fixée. L’Académie Goncourt a dévoilé mercredi 2 septembre sa première sélection de seize romans pour sa 124e édition, avant une deuxième liste le 6 octobre, les finalistes le 27 octobre et la proclamation du lauréat le 3 novembre, au restaurant Drouant. Le prix Renaudot doit être annoncé le même jour.





