L’Inrap a achevé fin juin 2026 la fouille terrestre menée sur la base navale de Toulon, mettant au jour les restes d’un établissement portuaire occupé du IIe siècle avant notre ère au début du IIIe siècle après, sur l’ancienne île de Milhaud.
La découverte déplace de plus de deux siècles l’origine connue de l’occupation du site toulonnais. Elle révèle qu’un comptoir tourné vers le commerce maritime existait dans la rade bien avant la fondation de la ville romaine, et documente un pan méconnu de l’histoire antique de la Provence côtière.
Un chantier commandé par le futur porte-avions
Les fouilles ont débuté en septembre 2025 à la demande de l’État, via le Drassm rattaché au ministère de la Culture, sur un secteur en cours de réaménagement de plusieurs dizaines d’hectares, à terre comme en mer. Ces travaux préparent la construction des infrastructures du porte-avions de nouvelle génération, dit PA-NG, dont le chantier est attendu à l’horizon 2027 selon le ministère des Armées.
Le service annonce, dans une communication du 2 juillet 2026, la fin de la phase terrestre et la libération du site Milhaud 7 pour les travaux préparatoires. Les fouilles subaquatiques dans la petite rade se poursuivraient, elles, jusqu’à la fin de 2026.
Une île devenue quartier militaire
Les vestiges reposent sur ce qui fut une petite île rocheuse à peine détachée de la côte, plus tard baptisée île de Milhaud, aujourd’hui intégrée à l’emprise de la base navale. Sa position, au fond de la rade, permettait de surveiller les échanges maritimes le long du littoral provençal.
Pour Thomas Navarro, responsable de recherches archéologiques à l’Inrap, la chronologie du site est sans ambiguïté. « Les vestiges que nous fouillons sont antérieurs à la fondation de l’agglomération romaine de Toulon de plus de 2 siècles », souligne-t-il. La ville antique, Telo Martius, n’aurait été fondée qu’au milieu du Ier siècle de notre ère, soit longtemps après l’installation repérée sur l’île.
Amphores, artisanat et pêche
L’abondance du mobilier oriente vers une vocation commerciale marquée. « L’établissement de Mio se caractérise par une très grande abondance de fragments d’objets en terre cuite, des amphores », détaille Thomas Navarro. Ces conteneurs de transport, associés à de la céramique et à divers objets, signalent une place notable dans les échanges par voie de mer.
Les archéologues ont aussi mis au jour des habitats liés à des activités artisanales, avec des indices de production de farine, de vin ou d’huile, tandis que des pesons en plomb attestent la pratique de la pêche au filet. L’étude du mobilier ferait état d’une occupation quasi continue sur près de cinq siècles, avant et après la fondation de Telo Martius.
Une fortification qui redessine le paysage
La fouille a révélé la présence d’un système défensif, élément que Souen Fontaine, responsable du département archéologie sous les eaux de l’Inrap, juge déterminant. « La présence d’une fortification, donc d’une courtine, d’une enceinte flanquée d’une tour donne une composante particulière de ce site fortifié sur une île dans le fond de la rade de Toulon », explique-t-elle, avant d’ajouter que cette configuration « redessine le paysage culturel de cette période ».
Le volet subaquatique a par ailleurs documenté les couches plus récentes de l’histoire du lieu, devenu place militaire à partir du XVIIe siècle. « La fouille subaquatique a permis de mettre au jour le quai de la poudrière daté du XVIIe siècle », précise Souen Fontaine, une poudrière que le ministère des Armées date de 1695-1696.
Ce qui reste à explorer
Le site terrestre étant désormais dégagé, l’attention se porte sur la petite rade, où les investigations sous l’eau doivent se prolonger jusqu’à la fin de l’année. Les résultats définitifs, une fois le mobilier étudié, préciseront la place exacte du comptoir de Milhaud dans les réseaux d’échanges de la Méditerranée occidentale, avant que le secteur ne cède la place au chantier du porte-avions attendu en 2027.

