Le ministère de la Transition écologique a publié le 9 juillet 2026 le tout premier bilan annuel des impacts du changement climatique en France, un document qui chiffre pour la première fois de façon consolidée les effets du dérèglement sur le territoire. Ce rapport, établi à partir d’une trentaine d’indicateurs, répond à une recommandation du Haut Conseil pour le climat et sera reconduit chaque année.
L’exercice marque une bascule dans la doctrine publique : après des années centrées sur la réduction des émissions, l’État affiche désormais l’adaptation comme un objectif à part entière, mesurable et suivi dans la durée. Le bilan doit alimenter le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3) et déboucher, d’ici la fin 2026, sur un portail national des impacts hébergé par Météo-France.
Une année 2025 parmi les plus chaudes jamais mesurées
Selon le ministère, 2025 a été la quatrième année la plus chaude jamais enregistrée en France. Deux vagues de chaleur, du 19 juin au 4 juillet puis du 18 au 28 août, ont touché environ 80 % de la population. Le pic thermique du 1er juillet a entraîné la fermeture de plus de 2 500 établissements scolaires et près de 300 incidents sur le réseau de la SNCF les 30 juin et 1er juillet, à l’origine de quelque 25 000 minutes de retard.
La sécheresse a été tout aussi marquante. Le bilan recense 78 départements soumis à des restrictions d’eau fin août, dont 41 placés en situation de « crise », le niveau le plus élevé. Environ 30 % du territoire a connu une sécheresse durable entre mai et août, tandis que les glaciers alpins et pyrénéens ont perdu 2,6 mètres d’équivalent en eau.
Un coût estimé à plus de cinq milliards d’euros
Sur le plan financier, le document chiffre à 5,2 milliards d’euros le coût des événements naturels de l’année. Plus de 16 000 feux de forêt ont parcouru 30 500 hectares de végétation, dont environ 11 000 hectares lors du seul incendie de Ribaute, dans l’Aude. Plus de 900 communes ont été reconnues en état de catastrophe naturelle, auxquelles s’ajoutent 459 communes concernées par le phénomène de retrait-gonflement des argiles, qui fragilise les fondations des habitations.
Le bilan attribue par ailleurs 5 722 décès prématurés à la chaleur sur l’ensemble de l’été et fait état de 14 morts liées à des précipitations intenses. Le rapport public établi par le Citepa retient de son côté un coût légèrement supérieur, de l’ordre de 5,7 milliards d’euros, illustrant les incertitudes qui entourent encore le chiffrage des dommages.
Une méthode fondée sur une trentaine d’indicateurs
Le document s’appuie sur environ trente indicateurs répartis en trois familles : les aléas climatiques comme les températures ou la sécheresse agricole, les impacts directs tels que la mortalité liée à la chaleur, la fonte glaciaire ou l’avancée des calendriers agricoles, et les impacts transversaux comme les rendements des cultures et le coût des sinistres. Le bilan relève ainsi que les vendanges et la moisson du blé ont été avancées d’une dizaine de jours, et que la migration des oiseaux se produit désormais dix jours plus tôt qu’à la fin des années 1990.
« L’objectif est de documenter, année après année, ce que le dérèglement climatique produit » sur le territoire français, a résumé la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, citée par la Banque des territoires. La sécheresse agricole a concerné 12 % du territoire, contre 7 % en moyenne sur la période 1961-1990, selon les mêmes données.
Un plan d’adaptation jugé sous-financé
Le gouvernement indique que 85 % des 52 mesures du PNACC 3 sont engagées depuis mars 2025, parmi lesquelles l’inscription de l’adaptation dans le code de l’environnement, de nouvelles protections pour les travailleurs exposés aux fortes chaleurs et un fonds de 30 millions d’euros dédié au retrait-gonflement des argiles. Le Haut Conseil pour le climat estime toutefois ces financements « très insuffisants » au regard de l’ampleur des impacts documentés.
Conçu pour être actualisé chaque année, ce premier bilan doit servir de référence pour mesurer l’évolution des dommages et orienter les politiques publiques d’adaptation dans les années à venir, selon le ministère.

