Sur le tracé du canal Seine-Nord, un vaste atelier de potiers gallo-romain exhumé à Noyon

Les archéologues de l’Inrap ont mis au jour à Noyon, dans l’Oise, un vaste atelier de potiers gallo-romain vieux de deux mille ans, sur le tracé du futur canal Seine-Nord Europe, au terme d’une fouille achevée en juillet.

Le site livre l’ensemble de la chaîne de production céramique, une configuration rare qui éclaire l’artisanat et le commerce en Gaule romaine. Ces vestiges, documentés pendant des mois, seront ensuite recouverts par le chantier du canal, long de 107 kilomètres.

Toute la chaîne de production réunie

« C’est assez exceptionnel », résume Louis Florin, responsable d’opération à l’Inrap. « Sur une très grande surface, nous avons des vestiges associés à toute la chaîne de production de la céramique, l’extraction de la matière première, l’argile, sa transformation, le façonnage et la cuisson. C’est vraiment assez rare », détaille l’archéologue.

Cette continuité, de la carrière d’argile jusqu’au four, distingue Noyon de la plupart des sites de production, où seuls quelques maillons de la fabrication sont habituellement conservés. Elle permet de restituer l’organisation complète d’un atelier antique, depuis l’approvisionnement en terre jusqu’à la cuisson des pièces.

Un four monumental et des dizaines de tours

Les fouilles ont dégagé un ensemble d’installations d’une ampleur inhabituelle. Un four de grande dimension formait le cœur de l’atelier. Les archéologues ont aussi recensé une cinquantaine de tours de potier et des centaines de milliers de tessons de céramique, accumulés au fil de décennies de production.

L’opération, menée pendant neuf mois jusqu’en juin, a bénéficié de conditions de conservation peu communes. Elle s’est achevée en juillet, avant la reprise des travaux d’aménagement sur ce secteur du tracé.

Des céramiques diffusées jusqu’en Écosse

La production de Noyon dépassait largement l’échelle locale. La vaisselle sortie de ces fours voyageait jusqu’en Écosse, à l’extrémité nord de la province romaine de Bretagne, signe de l’insertion de la Gaule du Nord dans des réseaux d’échange étendus.

Cette diffusion lointaine confirme le poids économique d’ateliers implantés près des axes fluviaux et routiers, dont les productions circulaient sur plusieurs centaines de kilomètres. Elle rappelle que la vallée de l’Oise constituait, dès l’Antiquité, un couloir d’échanges entre le bassin parisien et le nord de l’Europe.

Une archéologie rythmée par le chantier

La découverte s’inscrit dans le vaste programme d’archéologie préventive qui accompagne le canal Seine-Nord Europe, appelé à relier l’Oise au réseau fluvial du Nord. Les diagnostics, menés depuis 2020 sur le tracé, précèdent les terrassements et imposent de fouiller puis d’enregistrer les sites avant leur destruction.

À Noyon, le terrain sera recouvert par l’ouvrage. L’étude du mobilier se poursuit en laboratoire, seule mémoire durable d’un atelier que le chantier fera bientôt disparaître.

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Jacques CARLES