En Moselle, un immense gisement d’hydrogène naturel relance l’espoir de l’ancien bassin minier

La commune mosellane de Pontpierre, 780 habitants, pourrait abriter le plus grand gisement d’hydrogène naturel jamais découvert dans le monde. La Française de l’énergie (FDE), société cotée en Bourse, a confirmé le 23 juin 2026 « des concentrations d’hydrogène naturel exceptionnellement élevées » à l’issue de l’analyse des données recueillies au puits PTH-2, le forage le plus profond jamais réalisé au monde pour la prospection de cette ressource énergétique.

Un sous-sol lorrain au potentiel inédit

Après avoir tiré, dans la douleur, un trait sur le charbon au début des années 2000, le bassin houiller lorrain entrevoit une nouvelle destinée. « Se retrouver de nouveau au cœur d’un enjeu énergétique majeur, c’est inespéré », a déclaré Christian Hauser, maire sans étiquette de Pontpierre, commune qui avait perdu 3 000 emplois lors de la fermeture du puits voisin de Faulquemont en 1974, l’un des premiers en Lorraine à cesser l’activité. Depuis, une zone industrielle s’y est développée, comptant quelque 3 500 emplois, un golf et un restaurant étoilé Michelin.

Un impact médiatique mondial

L’annonce de la FDE a suscité un intérêt international considérable. « Rien que de janvier à mi-avril, on a comptabilisé 305 articles de presse dans le monde entier », a résumé Yann Fouant, chargé des relations publiques de la société. L’hydrogène naturel, dit géologique, diffère de l’hydrogène produit par électrolyse : il est issu directement des entrailles de la Terre, sans processus industriel énergivore.

L’hydrogène naturel, un pari encore incertain

Si la découverte suscite l’enthousiasme des élus locaux et de certains experts, elle appelle aussi à la prudence. L’hydrogène géologique est une filière très récente : à ce jour, aucune exploitation commerciale d’envergure n’a encore été menée dans le monde, hormis le village de Bourakébougou au Mali, dont le puits est exploité de manière artisanale depuis les années 1990. La FDE espère obtenir rapidement de l’État un permis d’exploitation, condition indispensable à tout passage à l’échelle industrielle.

Un débat scientifique encore ouvert

Des chercheurs du CNRS et de l’UPPA (Université de Pau et des Pays de l’Adour) ont contribué à l’analyse des données du puits PTH-2. Si les concentrations relevées sont décrites comme « exceptionnellement élevées » par la FDE, l’évaluation précise du volume exploitable du gisement devrait nécessiter plusieurs mois d’études complémentaires. La notion de « gisement mondial le plus important » reste, pour l’heure, une estimation qui n’a pas encore été certifiée par une instance scientifique indépendante.

Un levier potentiel pour la transition énergétique

Si la filière venait à se confirmer à grande échelle, l’hydrogène naturel pourrait représenter un atout considérable pour la France, qui peine à trouver des sources d’énergie décarbonée compétitives pour son industrie. Plusieurs ministres ont fait le déplacement en Lorraine ces derniers mois pour évaluer les perspectives du gisement. La stratégie nationale hydrogène, lancée en 2020 et révisée en 2024, n’intégrait pas encore explicitement le potentiel de l’hydrogène géologique lors de sa dernière mise à jour.

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Jacques CARLES