Placé en redressement, Gibert supprime 84 postes et ferme plusieurs librairies

Le groupe Gibert, premier libraire indépendant de France, a présenté vendredi 24 juillet un plan de redressement prévoyant la suppression de 84 postes sur 500 et la fermeture de plusieurs magasins, dont une enseigne du quartier Barbès à Paris.

Placée en redressement judiciaire fin avril, l’entreprise fondée en 1886 et devenue une institution du quartier latin cherche à « renouer avec la rentabilité » d’ici 2028. Le plan touche un réseau de seize magasins répartis dans douze villes, familier des étudiants pour ses devantures jaunes et ses rayons de livres d’occasion.

Un plan de transformation soumis aux syndicats

La direction a présenté vendredi son « plan de transformation » aux représentants du personnel et aux organisations syndicales. Le document doit être « discuté avec eux au cours des prochaines semaines », précise le groupe, qui prévoit que la suppression des 84 postes interviendra au cours du second semestre 2026.

La direction assure que « toutes les possibilités de reclassements internes et externes seront recherchées ». Le calendrier laisse aux syndicats une marge de négociation étroite, alors que les premiers départs sont attendus avant la fin de l’année. Les représentants du personnel devront apprécier l’ampleur réelle des suppressions et la solidité des engagements avancés par l’entreprise.

Des fermetures et des cessions à Paris et en province

Le groupe compte fermer certaines boutiques et chercher des repreneurs pour d’autres. Plusieurs sites sont concernés. La fermeture est envisagée pour le magasin du quartier de Barbès, au nord de Paris. Des repreneurs sont recherchés à Poitiers et à Évreux, ainsi que pour la Librairie de la place, quai Saint-Michel, l’une des adresses emblématiques du quartier latin.

Sur ses seize points de vente, cinq se trouvent à Paris. La réorganisation redessine la carte d’une enseigne née dans la capitale et longtemps associée au marché du livre scolaire et universitaire. À Marseille, un magasin poursuit son activité jusqu’en octobre, dans l’attente d’une solution.

Un modèle rattrapé par ses coûts fixes

Le tribunal des activités économiques de Paris a validé le placement en redressement fin avril. Le groupe, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 86 millions d’euros en 2025 avec environ 500 salariés, invoque un « déséquilibre durable » entre l’envolée de ses coûts fixes, à commencer par les loyers, et le déclin du marché du livre neuf.

La compression des marges frappe le secteur depuis une décennie, sous la pression de la vente en ligne. Le libraire mise désormais sur le livre d’occasion, un segment en croissance d’environ 10 % par an, dont il entend doubler la part dans ses ventes d’ici 2029.

Des discussions qui s’ouvrent à la rentrée

Les représentants du personnel entament les échanges sur un texte encore susceptible d’évoluer. Le sort des magasins mis en vente dépendra de l’apparition de repreneurs, notamment pour les adresses parisiennes dont la valeur symbolique dépasse le seul chiffre d’affaires.

Le plan doit être discuté dans les prochaines semaines, avant que ne débutent, au second semestre, les suppressions de postes annoncées. L’objectif de retour à la rentabilité est fixé à 2028.

Picture of Jacques CARLES

Jacques CARLES