Sous le parvis de Notre-Dame de Paris, des archéologues de la Ville de Paris mettent au jour, depuis janvier 2026, les vestiges enfouis d’un quartier occupé sans interruption depuis l’Antiquité, à quelques mètres seulement de la cathédrale en restauration. Menée sous la direction scientifique de Camille Colonna, l’opération préventive doit s’étaler sur huit mois avant l’aménagement du site.
Prescrites par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Île-de-France, ces fouilles précèdent un vaste chantier de végétalisation du parvis prévu pour 2028. Elles offrent une fenêtre rare sur le sous-sol de l’île de la Cité, berceau de Lutèce, où se superposent strates gallo-romaines, mérovingiennes, carolingiennes et médiévales.
Une tranchée de trente mètres et quatre mètres de profondeur
Le chantier ouvert par les archéologues de la Ville de Paris s’étend sur une trentaine de mètres de long et descend jusqu’à quatre mètres sous le niveau actuel de la place, selon la Ville de Paris. La dalle de béton qui recouvrait le parvis a été retirée dès janvier 2026, révélant aussitôt des murs susceptibles de remonter à la période médiévale.
Loin de l’esplanade dégagée que connaissent les visiteurs, l’espace était, jusqu’aux grands réaménagements des XIXe et XXe siècles, occupé par un enchevêtrement de maisons, d’échoppes et de ruelles étroites plaquées contre l’édifice religieux. Les couches dégagées couvriraient une amplitude allant du XIIe au XVIIIe siècle.
Céramiques intactes et monnaie romaine
Parmi les centaines d’objets remontés à la surface figurent des céramiques médiévales, dont un pichet, un coquemar et des coupes, versés aux réserves du pôle archéologique de la Ville de Paris. Les fouilleurs ont également exhumé des ossements animaux, des éléments métalliques et un col de vase daté du Ier siècle, témoin de l’ancienneté de l’occupation.
Un pichet et un chandelier ont notamment été retrouvés dans d’anciennes latrines, contexte qui a favorisé leur conservation. « Sur l’île de la Cité, l’occupation est continue depuis l’Antiquité », résume Hugo Cador, archéologue et responsable de secteur sur le chantier, cité par la Ville de Paris. Des campagnes voisines ont par ailleurs livré une pièce de monnaie du IVe siècle à l’effigie de l’empereur Constantin, précieuse pour dater les niveaux traversés.
Un chantier à haute valeur scientifique
« Chaque élément a une grande valeur scientifique », a souligné Camille Colonna, responsable scientifique de l’opération, dans des propos rapportés par le média Paris Select Book. La stratigraphie du site permettrait de suivre pas à pas la transformation du quartier, des premières installations gallo-romaines jusqu’à la métropole contemporaine.
Les vestiges sont relevés couche par couche, parcelle par parcelle, avant d’être documentés puis, pour partie, conservés en réserve. L’enjeu, selon la Ville de Paris, consiste à consigner un secteur qui n’avait jamais fait l’objet d’une fouille de cette ampleur, la crypte archéologique voisine n’ayant exploré qu’une portion du sous-sol.
Trois sites de l’île de la Cité explorés en 2026
L’opération du parvis s’inscrit dans un ensemble plus vaste. Des fouilles se poursuivent au sein d’une cour de l’hôpital Hôtel-Dieu, tandis qu’une dernière phase doit débuter à la rentrée dans la cour du Mai, au Palais de justice, indique la Ville de Paris.
Ensemble, ces trois chantiers viseraient à éclairer la fondation de Lutèce à l’époque gallo-romaine, puis l’essor du Paris médiéval sur quelques centaines de mètres. Les travaux menés sur le parvis doivent préparer, à terme, la création d’une fosse de plantation et d’une sortie de secours pour la crypte archéologique, dans le cadre du réaménagement attendu pour 2028.

