Les incendies qui ravagent la Gironde et les Landes depuis la fin juillet 2026, contraignant la SNCF à interrompre ses liaisons TGV au sud de Bordeaux et mobilisant des milliers de pompiers, rappellent une réalité souvent oubliée : la grande forêt de pins maritimes des Landes est une œuvre humaine, vieille d’à peine 170 ans, dont la densité même la rend particulièrement vulnérable au feu.
Une lande marécageuse transformée au XIXe siècle
Avant les travaux du Second Empire, le territoire de la Gascogne, entre Bordeaux et Bayonne, était une vaste lande à demi désertique, parcourue par des bergers montés sur des échasses pour surveiller leurs troupeaux. La loi du 19 juin 1857, promulguée sous Napoléon III, a ordonné l’assèchement des marais et le boisement systématique de plus de 900 000 hectares. En quelques décennies, des dizaines de millions de pins maritimes (Pinus pinaster) ont été plantés, transformant radicalement un écosystème millénaire.
La plus grande forêt cultivée d’Europe
La forêt des Landes est aujourd’hui la plus grande forêt artificielle d’Europe, avec environ 950 000 hectares s’étendant sur la Gironde, les Landes et le Lot-et-Garonne. Elle représente, selon les chiffres du Groupement des sylviculteurs de Gascogne, une filière économique pesant plus de 1,5 milliard d’euros par an et quelque 50 000 emplois dans la seule région Nouvelle-Aquitaine. Mais cette monoculture dense, composée à plus de 90 % d’une seule essence, est aussi une poudrière en période de sécheresse.
Les grandes catastrophes historiques
L’histoire de la forêt landaise est jalonnée de catastrophes. En 1949, un incendie exceptionnel a ravagé plus de 52 000 hectares en quelques jours, causant la mort de 82 personnes dont des pompiers volontaires. Classée parmi les incendies les plus meurtriers de l’histoire forestière française, cette catastrophe a conduit à la création du réseau de Défense des forêts contre l’incendie (DFCI), qui gère aujourd’hui 10 000 kilomètres de pistes et de canaux dans la seule Gironde.
L’été 2022, un avertissement prémonitoire
L’été 2022 a frappé la forêt des Landes avec une brutalité inédite depuis des décennies. Deux incendies successifs, à La Teste-de-Buch et à Landiras, ont brûlé près de 26 000 hectares, dont une grande partie de chênes-lièges centenaires dans la zone Natura 2000 de la Dune du Pilat. Un rapport de la mission d’information sénatoriale, publié en novembre 2022, avait conclu à la nécessité d’adapter la gestion forestière. Plusieurs de ses recommandations — diversification des essences, renforcement des pare-feux, sylviculture en mosaïque — n’avaient pas encore été pleinement mises en œuvre au moment des feux de l’été 2026.
Le changement climatique, accélérateur du risque
Les climatologues de Météo-France ont établi que les conditions favorables aux méga-feux — sécheresse prolongée, vents forts, températures supérieures à 35 °C — s’observent désormais chaque été dans le Sud-Ouest, contre deux à trois fois par décennie dans les années 1980. Selon l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), la forêt de pins maritimes sera l’une des plus exposées en France aux effets du réchauffement climatique à l’horizon 2050, avec un risque de dépérissement massif en cas de répétition des épisodes de chaleur et de sécheresse.
Un avenir forestier à reconstruire
Plusieurs organismes, dont l’Office national des forêts (ONF) et le GIP ECOFOR, plaident pour une reconversion partielle vers des forêts mélangées, associant pins maritimes à des chênes pédonculés, chênes verts ou châtaigniers. Une telle transformation nécessiterait, selon les experts, plusieurs décennies et des investissements publics de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros. Le débat sur l’avenir de la forêt landaise, longtemps réservé aux spécialistes, est désormais au cœur de l’agenda politique régional, relancé par l’ampleur des incendies de l’été 2026.

