Une fouille de l’Inrap menée au lieu-dit Le Désert, à Mettray, au nord de Tours, a mis au jour un établissement rural gaulois dont les fossés recelaient une statue en calcaire et une épée de fer volontairement pliée. L’institut a présenté ces résultats en juillet 2026.
Réalisée entre novembre 2023 et mars 2024 sur 3,5 hectares avant un aménagement, l’opération a été dirigée par l’archéologue François Cherdo. Elle documente une résidence enclose de 1,2 hectare datée de La Tène D1, soit environ 150 à 80 avant notre ère, et deux dépôts que les chercheurs interprètent comme des gestes rituels.
Un plateau occupé depuis la préhistoire
Le site s’étend sur un plateau calcaire dominant la vallée du ruisseau de la Perrée. Outre l’occupation gauloise, la fouille a livré du mobilier plus ancien, remontant au Paléolithique moyen ainsi qu’au Néolithique, au Bronze final et au premier âge du Fer, signe d’une fréquentation étalée sur plusieurs millénaires.
Selon l’Inrap, l’établissement compte parmi les mieux pourvus en objets remarquables de ce secteur géographique. La résidence était délimitée par trois fossés d’enclos et divisée en deux espaces par un large fossé interne desservi par un passage central.
Une statue déposée dans un fossé
Le premier objet singulier est une statue en calcaire haute de 49 centimètres et pesant plus de 18 kilogrammes, retrouvée dans le fossé sud de l’enclos. La pierre, truffée d’imperfections, a beaucoup souffert, mais les traits du visage restent lisibles. « Une usure importante a effacé une grande partie de son aspect d’origine, mais on distingue encore les yeux, le nez, la bouche et le début d’une chevelure », notent les archéologues.
La statue aurait été enfouie au moment d’une transition entre deux phases d’occupation. À environ 90 mètres de là, dans la même couche de comblement, ont été recueillis des fragments de voûte crânienne humaine, que l’Inrap décrit comme un possible objet-mémoire lié à la mise en terre de la sculpture.
Une épée mise hors d’usage
Le second objet est une épée de fer avec son fourreau, découverte près du passage central, dans le fossé interne. L’arme avait été intentionnellement tordue et endommagée avant d’être abandonnée, ce qui la rendait inutilisable. Cette destruction serait intervenue lors de la phase finale d’abandon du site.
La mutilation volontaire d’armes est un geste connu du monde gaulois, souvent associé à des pratiques votives ou funéraires. Le rapprochement de l’épée avec la statue et les restes humains conduit les fouilleurs à privilégier l’hypothèse de dépôts marquant des changements majeurs dans la vie de l’établissement.
Une économie tournée vers l’élevage
L’étude du mobilier révèle un large éventail d’activités domestiques et productives : travail du métal, mouture des grains, tissage, préparation culinaire et traitement des animaux. Un trait ressort de l’analyse des ossements. « Durant la première phase d’occupation, la boucherie du cheval a atteint des niveaux particulièrement élevés », relève l’Inrap, une consommation de viande chevaline inhabituelle qui distingue le site de la plupart des fermes gauloises contemporaines.
La découverte s’inscrit dans une série d’opérations préventives conduites en région Centre-Val de Loire, où les fouilles récentes multiplient les témoignages de l’âge du Fer, du silo à épée de Pithiviers aux enclos ruraux de la vallée de la Loire.

