Le médicament coûte de plus en plus cher, tiré par des traitements récents et onéreux

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié le 1er juillet 2026 une étude montrant que les dépenses brutes de médicaments remboursables en France sont passées de 29 milliards à 41,1 milliards d’euros entre 2016 et 2024, portées par l’arrivée de traitements récents et coûteux.

Cette progression pèse directement sur l’Assurance maladie et sur les comptes publics, alors que le déficit de la Sécurité sociale reste au cœur des arbitrages budgétaires. En intégrant pour la première fois les remises confidentielles versées par les laboratoires, la Drees livre une photographie inédite du coût réel du médicament.

Une hausse de 12 milliards en huit ans

Entre 2016 et 2024, la dépense brute de médicaments remboursables, en pharmacie de ville comme à l’hôpital, a augmenté de 12,1 milliards d’euros selon la Drees, atteignant 41,1 milliards. Rapportée à la population, la dépense moyenne par habitant est passée de 437 à 604 euros sur la période.

L’essentiel de cette accélération est récent. La Drees relève que 11,4 milliards d’euros de la hausse brute se concentrent sur la seule période 2020-2024. Sur ce même intervalle, la dépense nette a progressé de 5,9 milliards, signe que le rythme s’est intensifié après la crise sanitaire.

Les remises des laboratoires amortissent le choc

La nouveauté de l’étude tient à la prise en compte des remises versées par les industriels à l’Assurance maladie, longtemps restées confidentielles. Ces remises sont passées de 1,2 milliard d’euros en 2016 à 9 milliards en 2024, soit une multiplication par près de sept.

Une fois ces remises déduites, la dépense nette s’établit à 32 milliards d’euros en 2024, en hausse de 4,3 milliards seulement sur huit ans. Autrement dit, les remises ont absorbé environ les deux tiers de la progression brute des dépenses, un mécanisme de régulation des prix devenu central pour contenir la facture publique.

Le cancer et les molécules innovantes en première ligne

La déformation du panier de soins explique une large part de la dynamique. La part des antinéoplasiques et immunomodulateurs, qui regroupent notamment les traitements contre le cancer, est passée de 24 % à 34 % de la dépense totale entre 2016 et 2024. Deux molécules, le pembrolizumab et le daratumumab, concentreraient à elles seules près de 20 % de la dépense brute.

« Ces dynamiques traduisent tant les progrès récents de la médecine, notamment en cancérologie, que le déplacement du panier vers des médicaments récents et coûteux », écrit la Drees dans son dossier. L’organisme décrit ainsi un effet de structure, plus que de volume, comme premier moteur de la hausse.

L’hôpital porte l’essentiel de la progression

La croissance se joue surtout autour de l’hôpital. La dépense nette des médicaments onéreux consommés à l’hôpital a augmenté de 1,8 milliard d’euros (+61 %) entre 2016 et 2024, tandis que celle des traitements prescrits à l’hôpital mais délivrés en ville a progressé de 4,1 milliards, rapporte l’analyse relayée par Espace Social Européen. À l’inverse, les seules prescriptions de ville ont reculé de 0,9 milliard d’euros (-6 %) sur la période.

Une prise en charge élargie

Dans le même temps, la part financée par l’Assurance maladie obligatoire s’est renforcée, passant de 84 % à 88 % de la dépense de médicaments remboursables. Ce mouvement traduit la montée en charge des traitements les plus lourds, souvent pris en charge à 100 % au titre des affections de longue durée.

La Drees indique que ces travaux, signés Manon Cadillac et Édouard Maugendre, s’appuient sur des données consolidées jusqu’en 2024. De prochaines livraisons statistiques, attendues dans le courant de l’automne, devraient préciser l’évolution de ces remises et le poids des nouvelles molécules autorisées depuis.

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Jacques CARLES