Croissance 2026 abaissée à 0,7 %, le gouvernement cherche trois milliards de plus

Le gouvernement a abaissé mardi 7 juillet sa prévision de croissance pour 2026 à 0,7 %, contre 0,9 % espérés en avril, lors d’un comité d’alerte des finances publiques réuni à Matignon autour du Premier ministre Sébastien Lecornu. Dans la foulée, l’exécutif a annoncé chercher trois milliards d’euros d’économies supplémentaires.

La révision, présentée par le ministre de l’Économie Roland Lescure, intervient à quelques semaines de l’ouverture des arbitrages sur le budget 2027 et alors que le déficit demeure l’un des plus élevés de la zone euro. Elle rapproche la prévision officielle de celles de l’Insee, du Fonds monétaire international et de l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui tablent toutes sur 0,7 % cette année.

Une prévision alignée sur les conjoncturistes

Fixée à 0,9 % lors du programme de stabilité d’avril, la prévision de croissance du gouvernement était désormais isolée face aux instituts indépendants. En la ramenant à 0,7 %, l’exécutif reconnaît un début d’année moins favorable qu’anticipé, avec un produit intérieur brut en recul de 0,1 % au premier trimestre selon les données citées par le ministère.

Roland Lescure a justifié ce mouvement par « un début d’année moins favorable qu’anticipé », lié selon lui à la loi spéciale ayant régi les finances publiques en début d’exercice et à « la situation internationale, notamment du conflit au Moyen-Orient ». Le ministre a assuré que le gouvernement restait « pleinement mobilisé pour soutenir l’activité et la croissance ».

Trois milliards d’économies à trouver

Pour tenir sa trajectoire, l’exécutif s’est fixé un objectif de déficit de 5 % du PIB en 2026. Aux six milliards d’euros d’économies déjà annoncés en avril, le gouvernement ajoute désormais trois milliards d’euros de coupes supplémentaires afin, selon lui, de garder le « cap » budgétaire.

Le comité d’alerte, présidé par Sébastien Lecornu, a réuni autour de la table le ministre des Comptes publics David Amiel, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, la ministre de la Santé Stéphanie Rist et la ministre de l’Aménagement du territoire Françoise Gatel. La répartition précise de ces trois milliards entre le budget de l’État et la sphère sociale n’a pas été détaillée à ce stade.

Un déficit parmi les plus lourds de la zone euro

La contrainte reste forte. Le déficit public s’est établi à 5,1 % du PIB en 2025, l’un des deux plus élevés de la zone euro, tandis que la dette atteignait 3 536,1 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, selon les chiffres rappelés lors de la réunion. L’inflation, elle, s’est établie à 2,4 % en mai puis 1,8 % en juin, un reflux qui limite d’autant les recettes fiscales indexées.

Au Sénat, le rapporteur général du budget Jean-François Husson, membre de l’opposition de droite, avait résumé sans nuance l’état des finances publiques en jugeant que la France se trouvait « à l’hôpital, dans le secteur des grands brûlés de la dette ». La formule illustre le scepticisme d’une partie du Parlement sur la capacité de l’exécutif à respecter sa trajectoire sans mesures plus lourdes. La question de la répartition de l’effort, entre coupes dans les dépenses de l’État et économies sur les prestations sociales, promet de rythmer les débats des prochaines semaines.

Le budget 2027 en ligne de mire

La révision de mardi sert de socle aux arbitrages du projet de loi de finances pour 2027, dont la présentation en Conseil des ministres est traditionnellement fixée à l’automne avant un dépôt à l’Assemblée nationale. Les trois milliards d’euros supplémentaires devraient y être précisés, ministère par ministère, ce qui ouvrira une nouvelle séquence de négociations avec les groupes parlementaires dont dépend l’adoption du texte. Le gouvernement, qui ne dispose pas de majorité absolue à l’Assemblée nationale, devra convaincre au-delà de son socle pour éviter une nouvelle impasse budgétaire, un an après les tensions qui avaient déjà conduit au recours à une loi spéciale en début d’exercice. Le calendrier laissera peu de marge, l’exécutif ayant réaffirmé son intention de tenir l’objectif de 5 % de déficit malgré une conjoncture qu’il reconnaît lui-même dégradée.

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Jacques CARLES