Une nouvelle campagne de fouilles perce les secrets du château médiéval de Pierre-Percée

Une nouvelle campagne de fouilles menée par l’Inrap au château de Pierre-Percée, dans les Vosges du Nord (Meurthe-et-Moselle), a mis au jour une poterne inconnue, un fragment de stèle funéraire inédit et les traces d’un incendie lié à la guerre de Trente Ans, précisant l’histoire de cette forteresse des comtes de Salm.

Perché sur un spectaculaire éperon de grès rose, le château de Pierre-Percée vient de rouvrir ses portes au public. Les recherches archéologiques réalisées dans le cadre des travaux de sécurisation apportent, selon l’Inrap, un nouvel éclairage sur l’organisation et l’évolution du site entre le XIIe et le XVIIe siècle. Ces investigations complètent les premières fouilles conduites entre 2020 et 2022.

Une forteresse des comtes de Salm

Mentionné dans les textes au milieu du XIIe siècle, le château semble avoir connu une occupation légèrement antérieure, attestée par quelques fragments de céramique. Les archéologues avaient identifié une imposante tour-beffroi édifiée à la fin du XIIe siècle, rapidement complétée par un logis seigneurial. Une seconde grosse tour, construite aux XIIIe ou XIVe siècles, serait venue renforcer le dispositif défensif à l’extrémité opposée de l’éperon.

Résidence des comtes de Salm, le site s’étirait sur environ 120 mètres le long de l’escarpement gréseux. Il fut l’enjeu, dès 1135-1136, d’un siège opposant l’évêque de Metz au comte Hermann II de Salm, avant d’être démantelé au XVIIe siècle.

Une poterne et un mur de clôture révélés

Les nouvelles investigations permettent aujourd’hui de préciser l’organisation des remparts et des circulations. Les sondages réalisés au pied de la tour principale ont mis en évidence les vestiges d’un aménagement antérieur à sa construction, ainsi que les traces d’un mur de clôture jusqu’alors uniquement connu par les représentations anciennes.

À l’emplacement du futur belvédère, l’étude stratigraphique a révélé plusieurs états successifs du mur d’enceinte. Dans la tour orientale, les observations menées au niveau d’une importante faille géologique suggèrent l’existence d’une ancienne poterne, une porte secondaire fortifiée destinée à faciliter les déplacements ou les sorties défensives. Les archéologues ont par ailleurs confirmé l’existence d’une tour figurant sur un dessin daté de 1755.

Une stèle funéraire inédite

Le mobilier découvert témoigne à la fois de la fonction militaire du château et du confort de ses occupants. Des carreaux d’arbalète et des billes de plomb rappellent son rôle défensif, tandis que des carreaux de poêle décorés illustrent le raffinement des espaces résidentiels.

Les archéologues ont surtout mis au jour un fragment de stèle funéraire inédit sur le site. Cette découverte pourrait être liée à la chapelle du château, connue par les sources historiques mais dont l’emplacement reste inconnu. Les recherches ont également porté sur le grand puits creusé dans le rocher, probablement à l’origine du nom de « Pierre-Percée ».

Les traces de la guerre de Trente Ans

Les fouilles apportent enfin des informations sur les derniers temps d’occupation. Une importante couche charbonneuse, observée sous les remblais de démolition, correspondrait à l’incendie provoqué lors de la prise du château par les troupes suédoises en 1636, pendant la guerre de Trente Ans. L’abandon du site s’est ensuite traduit par l’accumulation de niveaux forestiers, avant que de nouvelles traces d’occupation militaire n’apparaissent durant la Première Guerre mondiale, en lien avec les combats du col de la Chapelotte tout proche.

Un patrimoine de nouveau accessible

Classées Monument historique en 1981, les ruines sont de nouveau ouvertes aux visiteurs depuis le 21 mai 2026, au terme de deux phases de travaux d’un coût total de 2,13 millions d’euros HT, portées par la Communauté d’Agglomération de Saint-Dié-des-Vosges avec le soutien de l’État, de la Région Grand Est et de la commune. Lors de l’inauguration, son président Claude George a présenté un site « remarquable », estimant selon le média Saint-Dié Info que « le patrimoine bâti et immatériel culturels est un outil qui donne du sens ».

En parallèle des recherches de terrain, les archéologues de l’Inrap poursuivent l’étude des maçonneries et des différentes phases de construction, afin de restituer avec toujours plus de précision l’organisation de cette forteresse, l’un des principaux témoins de l’histoire médiévale des Vosges du Nord.

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Jacques CARLES