À Saint-Georges-de-Didonne, les douves d’un château médiéval disparu refont surface

Les archéologues de l’Inrap ont mis au jour à Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime), sur 6 475 m², les douves monumentales du château de Didonne et le village qui l’entourait, une forteresse médiévale aujourd’hui totalement effacée du paysage. L’annonce a été faite fin août 2026.

La fouille livre pour la première fois une preuve matérielle d’un site attesté seulement par les textes et un lieu-dit. Menée en amont d’un programme de logements sociaux, elle documente un domaine seigneurial qui commandait autrefois l’entrée de l’estuaire de la Gironde, avant sa disparition à l’issue de la guerre de Cent Ans.

Une forteresse connue par les seuls textes

Jusqu’ici, le château de Didonne ne subsistait que par un nom de lieu-dit, « Le Châta », et par la mémoire des érudits locaux. Les textes attestent son existence dès le XIe siècle et son rôle stratégique durant la guerre de Cent Ans, période où la place forte subit de nombreux sièges avant de perdre son importance.

« C’est la première fois qu’on a une preuve tangible de l’existence de ce château », résume Catherine Vacher, responsable de recherches archéologiques préventives à l’Inrap et responsable scientifique du chantier, citée par ICI Nouvelle-Aquitaine. Pour l’archéologue, cette découverte redéfinit l’identité de la commune : « Saint-Georges-de-Didonne s’identifie comme une station balnéaire, mais sa véritable identité, elle est là. »

Deux douves concentriques mises au jour

Le cœur de la découverte réside dans un réseau imposant de fossés en eau. Selon l’Inrap, deux douves concentriques ceinturaient l’ancienne fortification. La douve interne mesure près de 15 mètres de large pour au moins 6,50 mètres de profondeur, tandis que la douve externe, également large d’environ 15 mètres, atteint quelque 2,70 mètres de profondeur. Toutes deux se déversaient dans la vallée humide du Riveau.

Ces dimensions donnent la mesure d’un domaine seigneurial de premier plan pour la façade atlantique médiévale. À l’échelle d’une région où les vestiges de mottes castrales ont souvent disparu, un tel ensemble de fossés fournit un jalon rare pour comprendre l’organisation défensive des rives de la Gironde entre le XIe et le XVe siècle.

Une centaine de silos et un mobilier du quotidien

Autour de la fortification, les fouilleurs ont dégagé le village qui s’était développé à ses abords. La campagne a révélé une centaine de silos, ces fosses de stockage creusées pour conserver les grains, ainsi qu’un mobilier abondant lié à la vie quotidienne.

  • des coquilles d’huîtres, témoins d’une alimentation tournée vers l’estuaire ;
  • de la céramique domestique ;
  • de nombreux ossements d’animaux.

Ce mobilier faunique doit permettre de reconstituer les pratiques alimentaires et l’élevage. « On est à côté d’un château donc on peut avoir des restes de cygnes, ou d’autres animaux nobles », note Stéphane, archéologue de l’équipe, cité par ICI Nouvelle-Aquitaine, qui précise que ces objets aideront à « retracer l’alimentation et l’élevage » des occupants.

Un chantier ouvert au public avant l’aménagement

La fouille, conduite par une dizaine d’archéologues, précède la construction d’un ensemble de logements sociaux porté par le bailleur Noalis. Les vestiges devraient être détruits à l’issue de l’opération, un dénouement que l’Inrap assume comme le principe même de l’archéologie préventive. « C’est la règle du jeu, il faut bien en laisser pour les générations futures », observe Catherine Vacher, une partie des niveaux étant laissée en place.

Pour partager la découverte, l’institut avait programmé des portes ouvertes les 29 et 30 août 2026, au 35 rue Jean Moulin, avec des visites guidées assurées par la responsable de fouille. L’étude du mobilier et des prélèvements se poursuit désormais en laboratoire, avant la remise du rapport scientifique qui précisera la chronologie du site alors que l’aménagement du terrain est attendu à l’automne 2026.

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Jacques CARLES