Camarat 4, l’epave la plus profonde des eaux francaises livre ses premiers secrets

Le Drassm a livré fin avril 2026 les premiers résultats de l’étude de Camarat 4, l’épave la plus profonde jamais référencée dans les eaux françaises, à plus de 2 500 mètres au large de Ramatuelle, dans le Var.

Repéré en mars 2025 par un drone de la Marine nationale, ce navire marchand du XVIe siècle est entré dans une phase d’expertise inédite menée par le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines. Une mission conduite du 6 au 8 avril 2026 a permis de cartographier le site et de remonter les premiers objets, ouvrant l’étude d’un gisement resté hors de portée des pillages grâce à sa profondeur.

Une épave marchande à 2 500 mètres de fond

Selon le Drassm, service rattaché au ministère de la Culture, Camarat 4 mesure environ 30 mètres de long sur 7 mètres de large. Sa cargaison se compose de plusieurs centaines de pichets en faïence et d’assiettes attribués à des ateliers d’Italie du Nord, ainsi que de barres métalliques et de six canons encore visibles sur le fond.

Le site repose à une profondeur qui dépasse le précédent record français, détenu par le sous-marin La Minerve à 2 370 mètres. Cette situation, hostile à toute plongée humaine, a préservé le chargement de manière remarquable. Pour les archéologues, une telle intégrité rend l’ensemble comparable à un instantané figé de la navigation méditerranéenne du XVIe siècle.

« Le site, grâce à sa profondeur qui a empêché toute récupération ou pillage, est resté intact, comme si le temps s’était figé, ce qui est exceptionnel », a déclaré Marine Sadania, responsable scientifique de l’opération au Drassm.

Une mission d’avril 2026 pour cartographier et prélever

La campagne des 6 au 8 avril 2026 a associé le Centre expert plongée humaine et intervention sous la mer (Cephismer) de la Marine nationale et les équipes du Drassm. Sous la direction de Marine Sadania, elle avait pour objectifs la reconnaissance du site, une couverture photogrammétrique complète et des prélèvements limités destinés à tester la conservation des objets.

D’après le communiqué de la Préfecture maritime de la Méditerranée, daté du 29 avril 2026, les opérateurs ont réalisé 66 974 clichés, soit 33 487 paires stéréoscopiques, afin de construire un modèle en trois dimensions complet de l’épave. Le traitement de ces images a mobilisé Paul François, ingénieur de recherche au laboratoire d’archéologie médiévale et moderne en Méditerranée (CNRS-LA3M).

Trois pichets et une assiette ont été remontés à la surface selon des protocoles adaptés, une opération délicate à cette profondeur. Ces objets doivent maintenant faire l’objet d’analyses chimiques en laboratoire, censées affiner la datation et l’origine des pâtes céramiques.

Des céramiques ligures qui précisent la route du navire

L’analyse stylistique et technique conduite par le Drassm rattache ces productions à la Ligurie, région d’Italie du Nord spécialisée dans l’exportation de céramiques au XVIe siècle. Les pichets, décorés de motifs végétaux, de poissons ou d’inscriptions religieuses, proviendraient des ports de Gênes ou de Savone.

Le nouvel examen a enrichi le corpus repéré en 2025. « De trois motifs de décors de pichets initialement repérés en 2025, nous en dénombrons désormais plus d’une dizaine », précise le communiqué de la Préfecture maritime. Ces variations pourraient aider à cerner l’origine exacte de la cargaison et la date du naufrage. Le navire aurait chargé sa dernière marchandise dans un port d’Italie du Nord avant de sombrer en pleine Méditerranée.

Une valorisation attendue à l’automne

Le programme d’étude, mené en lien avec l’Ifremer, doit se poursuivre au-delà de 2026. Franca Cibecchini, archéologue maritime au Drassm, coordonne par ailleurs un programme de recherche décennal consacré aux épaves profondes de Méditerranée.

Une exposition temporaire serait programmée à l’automne au musée national de la Marine, à Toulon, pour présenter les premiers résultats de ces travaux. Les équipes rappellent que ces gisements très profonds, longtemps considérés comme inaccessibles, restent fragilisés par la pêche en eau profonde, ce qui justifierait un suivi régulier dans les années à venir.

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Jacques CARLES