Retraites, la suspension de la réforme de 2023 entre en vigueur ce 1er septembre

La suspension de la réforme des retraites de 2023 s’applique depuis le 1er septembre 2026. Les décrets publiés au Journal officiel gèlent le relèvement de l’âge légal vers 64 ans et l’allongement de la durée de cotisation pour cinq générations, nées entre 1964 et 1968.

Concrètement, le calendrier de la réforme portée en 2023 est mis en pause jusqu’en janvier 2028, soit après l’élection présidentielle. Selon la CFDT Retraités, la mesure profitera à des assurés proches du départ qui gagnent, selon leur année de naissance, quelques mois d’âge et parfois un ou deux trimestres. Le gouvernement présente cette « pause » comme un gage de stabilité sociale ; l’opposition de droite y voit un renoncement budgétaire.

Ce qui change au 1er septembre

D’après la CFDT Retraités et les fiches officielles de la CNRACL, les générations 1964 à 1968 sont visées, avec des effets progressifs selon le trimestre de naissance. La génération 1964 voit son âge légal reculer de trois mois, à 63 ans au lieu de la cible de 64 ans, et la durée requise ramenée à 170 trimestres. Les générations suivantes bénéficient d’un décalage dégressif jusqu’au retour de l’âge de 64 ans en 2028.

Trois textes ont acté ces règles au Journal officiel du 8 mai 2026, selon LégiFiscal, dont le décret n° 2026-345 du 7 mai 2026 relatif au départ anticipé pour carrière longue et le décret n° 2026-344 du 7 mai 2026 visant les fonctionnaires et ouvriers de l’État. Deux décrets d’application complémentaires, n° 2026-699 et n° 2026-700 du 29 juillet 2026, précisent des mesures favorables aux femmes et aux carrières longues, indique la CFDT Retraités.

Une origine parlementaire disputée

La suspension découle de l’engagement pris par le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de sa déclaration de politique générale du 14 octobre 2025. « Je proposerai au Parlement, dès cet automne, de suspendre la réforme des retraites de 2023 jusqu’à l’élection présidentielle. Aucun relèvement de l’âge n’interviendra d’ici à janvier 2028 », avait-il déclaré, selon le compte rendu publié par le gouvernement.

Le parcours parlementaire a été heurté. La CFDT Retraités rappelle que le Sénat s’était opposé à la mesure avant que l’Assemblée nationale ne la rétablisse le 16 décembre 2025, dans le cadre du budget de la Sécurité sociale, une adoption ensuite validée par le Conseil constitutionnel le 30 décembre 2025.

La droite dénonce un « marchandage »

Le président des Républicains et sénateur Bruno Retailleau a vivement critiqué la décision. « C’est le tribut que le gouvernement a donné à la gauche », a-t-il affirmé sur Public Sénat, jugeant que « cette suspension, c’est un marchandage » et que « cette mise en pause de la réforme va abîmer la France ». Il estime que l’on ne peut « rejeter sur les futures générations tout le fardeau ».

Les élus LR mettent en avant le coût de la mesure. Le gouvernement l’a chiffré à 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard d’euros en 2027, montants qui doivent être compensés par des économies et non par un creusement du déficit. Ces sommes restent modestes rapportées aux dépenses annuelles de retraites, mais interviennent alors que l’exécutif prépare un budget 2027 sous contrainte.

Le gouvernement défend un temps utile au dialogue

Le ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre Farandou a défendu la mesure lors des débats. « Cette suspension est un élément de stabilité nécessaire. Le temps de la suspension doit être utile au débat démocratique », a-t-il déclaré, selon les comptes rendus parlementaires. La CFDT Retraités soutient la démarche, qu’elle qualifie de « pause » plutôt que d’annulation, et met en avant des avancées obtenues par le dialogue social en faveur des femmes et des carrières longues.

Le débat n’est pas clos. Le financement de la mesure sera de nouveau discuté à l’automne, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances et du budget de la Sécurité sociale pour 2027, dont la présentation en Conseil des ministres est attendue fin septembre.

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Jacques CARLES