Un bâtiment romain du IIe siècle après J.-C., orné de mosaïques, de fresques et de placages de marbre, a été mis au jour dans le parc de la Villa Celimontana, sur le mont Caelius, à quelques centaines de mètres du Colisée. La Surintendance spéciale de Rome, qui a annoncé la découverte le 6 août 2026, y voit un ensemble d’exception resté enfoui plus de mille cinq cents ans.
La trouvaille est intervenue lors de travaux de consolidation du mur historique de la villa, financés par le Plan national de relance et de résilience italien (PNRR). Là où les archéologues attendaient de simples fondations, ils ont dégagé cinq pièces entièrement fouillées et trois autres partiellement conservées, sur un édifice qui se prolonge vers la Villa Mattei voisine.
Un décor marin d’une rare qualité
La pièce maîtresse est un vaste sol de mosaïque à motifs géométriques organisé autour d’un emblème marin. On y distingue un dauphin, un poisson, une langouste et un crabe disposés autour d’un cratère, ce large vase à deux anses dont les Romains se servaient pour couper le vin d’eau lors des banquets.
Sous ce niveau, les fouilleurs ont repéré une mosaïque plus ancienne, d’époque antonine, à motifs floraux en noir et blanc. Le bâtiment livre aussi de larges pans d’un plafond peint effondré, décoré de cercles rouges et bleus encadrés de moulures de stuc blanc, ainsi que des traces d’opus sectile mêlant marbres blancs et polychromes.
La piste des pompiers de Rome
Une hypothèse retient l’attention des chercheurs. L’édifice aurait pu appartenir à la Ve cohorte des vigiles, ce corps créé par l’empereur Auguste pour lutter contre les incendies et patrouiller la ville la nuit.
Rome comptait sept cohortes de vigiles, chacune couvrant deux des quatorze régions administratives de la ville. Ces unités, à mi-chemin entre le service anti-incendie et la police nocturne, disposaient de casernes équipées de pompes et de citernes. Retrouver l’une de leurs stations sur le mont Caelius éclairerait l’organisation de ce maillage de sécurité urbaine, encore mal documenté sur le terrain.
Plusieurs indices nourrissent cette lecture. Des bases de statues portant les noms de membres de la cohorte, retrouvées dès 1820 sur le site, et des pièces modulaires interprétées comme des logements de soldats vont dans ce sens. La mosaïque au cratère rappelle par ailleurs le décor de salles communes des casernes de vigiles connues à Ostie, l’ancien port de Rome, ce qui renforce l’hypothèse sans la confirmer.
« Rome ne cesse de nous étonner »
« Rome continue de nous étonner en révélant des vestiges qui élargissent notre connaissance de la ville antique », a déclaré Daniela Porro, surintendante spéciale de Rome. La responsable rattache la découverte à la longue série de mises au jour qui jalonnent le sous-sol de la capitale italienne.
La directrice scientifique du chantier, Simona Morretta, a pour sa part insisté sur le travail qui reste à mener. « La fouille a livré une masse de données d’un intérêt extraordinaire, mais la phase la plus délicate et la plus complexe commence maintenant », a-t-elle averti. L’édifice, bâti au IIe siècle, aurait été profondément remanié au IIIe siècle.
Un chantier entre restauration et recherche
La découverte illustre la manière dont des travaux de conservation peuvent déboucher sur une avancée scientifique. Valentina Gemignani, cheffe de cabinet du ministère de la Culture, a estimé que le projet montre « comment conservation, recherche et valorisation peuvent avancer de concert ».
Le mont Caelius, l’une des sept collines de la Rome antique, avait déjà livré de riches demeures aristocratiques. Ce nouvel ensemble, dont l’emprise dépasse les huit pièces déjà repérées, devrait faire l’objet de fouilles complémentaires avant toute mise en valeur pour le public. Les chercheurs entendent d’abord préciser la fonction exacte du bâtiment et son évolution entre le IIe et le IIIe siècle.

