Le délai de dépôt des offres de reprise de Duralex a expiré jeudi 6 août à midi devant le tribunal de commerce d’Orléans, laissant en suspens l’avenir de la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin et de ses quelque 240 salariés, deux ans après un premier sauvetage en coopérative.
Placée en redressement judiciaire le 1er juin 2026 pour une période d’observation de six mois, l’entreprise du Loiret vit sa troisième procédure de ce type en six ans. Trois dossiers de reprise ont été déposés, selon les acteurs du dossier, et seront examinés lors d’une audience fixée au 17 septembre. D’ici là, l’activité se poursuit au ralenti.
Trois candidats en lice
Parmi les repreneurs déclarés figure le groupe métallurgique français Carlesimo, spécialisé dans la fonderie et la transformation des matériaux, qui indique vouloir investir cinq millions d’euros en fonds propres pour relancer le site. Le même groupe s’était déjà positionné il y a deux ans, mais sa proposition, qui ne prévoyait de conserver qu’un tiers des effectifs, avait alors été écartée au profit de la coopérative soutenue par les collectivités.
Deux autres pistes circulent, rapporte la rédaction locale d’ICI. Cédric Meston, cofondateur de HappyVore et connu pour avoir repris Tupperware France, s’est déclaré intéressé. Le verrier normand Tourres et Cie, qui envisageait en 2024 de maintenir 183 postes, est également cité parmi les candidats potentiels.
Une coopérative fragile dès l’origine
Le retour devant le juge sonne comme un désaveu du montage de 2024, lorsque les salariés avaient repris leur usine sous forme de société coopérative et participative (SCOP), avec l’appui de l’État et des collectivités. Pour l’union départementale CGT du Loiret, le modèle était sous-capitalisé dès le départ.
« Nous avons soutenu la volonté des salariés mais, dès le début, nous avons aussi émis des réserves sur l’absence d’investissements », a déclaré Pascal Sudre, secrétaire général de l’UD CGT du Loiret. Le syndicaliste chiffre à environ 20 millions d’euros le financement qu’il juge nécessaire pour remettre l’outil à niveau, notamment le remplacement du four par un modèle électrique.
François Dufrane, conducteur de machine depuis 35 ans et délégué CGT, dit avoir anticipé l’échec. « J’ai toujours alerté que ça ne fonctionnerait pas. Quand j’ai vu les conditions de la reprise, je me suis dit que ça ne pouvait pas marcher. La Scop n’avait pas les fonds nécessaires pour faire tourner une industrie lourde comme Duralex », a-t-il affirmé.
Un modèle économique sous tension
La verrerie ne tournait plus, ces derniers mois, que sur une seule de ses cinq lignes de production, un rythme jugé intenable par les représentants du personnel. « Une usine comme la verrerie doit réaliser au moins trois millions d’euros de chiffre d’affaires par mois. Avec une ou deux lignes seulement, ce n’est pas possible », résume la CGT.
Les difficultés se sont accumulées malgré une hausse des ventes de 7 % en 2025. Les exportations auraient reculé d’environ 50 %, tandis que la flambée des coûts de l’énergie et des matières premières, une surproduction en début d’année 2026 puis des ruptures de stock ont achevé de déséquilibrer les comptes, selon les éléments présentés lors d’une première audience le 2 juillet.
Un symbole industriel à répétition
Fondée dans les années 1940 et connue pour ses verres trempés indéboulonnables des cantines, Duralex traverse sa cinquième restructuration judiciaire en vingt ans. Chaque épisode a mobilisé élus locaux, État et mouvement coopératif, sans résoudre le déficit chronique d’investissement pointé par les salariés.
La conservation des emplois reste le principal point de friction entre les scénarios. Le projet coopératif de 2024 avait été préféré à une offre industrielle précisément parce qu’il promettait de sauvegarder l’ensemble des postes ; deux ans plus tard, les mêmes salariés attendent de savoir combien d’entre eux seront repris.
Le tribunal de commerce d’Orléans examinera les offres reçues le 17 septembre, terme d’une période d’observation qui court jusqu’à l’automne. D’ici cette échéance, la production doit se maintenir sur le site de La Chapelle-Saint-Mesmin.

