À Vinon-sur-Verdon (Var), une fouille préventive de l’Inrap a mis au jour un bâtiment antique d’une quarantaine de mètres de long, daté des Ier-IIe siècles après J.-C., dont la toiture effondrée est restée exceptionnellement conservée, selon l’institut et la Drac Provence-Alpes-Côte d’Azur.
La découverte, communiquée fin mai 2026 et relayée jusqu’au début du mois d’août par la presse régionale, concerne un établissement rural de la Gaule romaine dont l’état de préservation serait, selon l’Inrap, un cas unique pour la région. L’opération a été prescrite par l’État en amont d’un projet immobilier privé, dans le cadre de l’archéologie préventive. La datation avancée, entre le Ier et le IIe siècle de notre ère, correspond au Haut-Empire romain, période d’expansion des campagnes gallo-romaines dans le Sud-Est de la Gaule.
Un bâtiment de quarante mètres surgi sous un simple muret
Menée de février à juin 2026 sur une parcelle de 3 000 m2, la fouille a d’abord suivi ce qui ressemblait à un mur ordinaire avant de révéler un vaste édifice. « Comme nous le faisons à chaque fois, nous avons réalisé un prélèvement en plein centre de la parcelle de 3 000 m2 et nous avons eu la chance de tomber immédiatement sur des fondations en galets à seulement une vingtaine de centimètres de la surface », a expliqué Soazic Bezault, responsable scientifique de l’opération à l’Inrap, citée par la presse locale.
« Nous avons suivi le cheminement de ce qui nous semblait être, a priori, un simple muret et nous avons in fine découvert un bâtiment d’une quarantaine de mètres de long, composé de plusieurs pièces distinctes occupant près de 1 900 m2 », a-t-elle ajouté. Les fondations en galets, bien conservées, permettraient de reconstituer le plan de l’édifice, dont les élévations auraient été montées en terre. Selon la responsable, il pourrait s’agir d’un bâtiment élevé, doté d’une architecture plus ambitieuse qu’une simple construction agricole.
Une toiture effondrée figée dans le temps
L’intérêt majeur du site tiendrait à sa couverture. Selon l’Inrap, la toiture s’est affaissée sur place et a été retrouvée quasiment complète, sans trace d’incendie ni de catastrophe. « Son effondrement semble davantage lié à l’abandon du bâtiment qu’à un événement destructeur », a précisé Soazic Bezault. Les tuiles, dont certaines pèseraient de 9 à 11 kilogrammes, ont été relevées, inventoriées et documentées par photogrammétrie 3D afin d’en restituer l’agencement.
Ce type de vestige demeure rare : les toitures antiques sont le plus souvent démontées ou récupérées après l’abandon d’un site, ce qui prive les chercheurs d’informations sur les techniques de charpente et de couverture. Ici, la disposition conservée offrirait, selon l’institut, un rare instantané des modes de construction en Gaule romaine.
Des indices d’artisanat et de commerce
Outre l’architecture, la fouille a livré du mobilier évoquant plusieurs usages du lieu. Les archéologues signalent la présence de fours, ainsi que d’un contrepoids de balance et d’outils qui suggéreraient une activité de commerce ou d’artisanat, associée à une occupation domestique. Des analyses anthracologiques et carpologiques sont menées sur les fours pour tenter d’en déterminer la fonction exacte.
La combinaison de ces éléments dessinerait un établissement à vocations multiples plutôt qu’une simple habitation. « Cette découverte rare permet d’éclairer l’architecture rurale antique et renouvelle les connaissances sur l’occupation du territoire », a résumé Soazic Bezault. La responsable a rappelé le cadre de l’intervention : « L’archéologie préventive, c’est un compromis entre la recherche scientifique et l’aménagement du territoire ».
Des études attendues à l’horizon 2028
Une fois la fouille achevée, les vestiges devaient être recouverts de terre pour permettre la poursuite du projet d’aménagement. Les résultats des études post-fouille, portant notamment sur les techniques de construction et de charpente du Sud-Est de la Gaule, ne seraient connus que dans un délai d’environ deux ans, soit à l’horizon 2028, selon l’Inrap. Une journée portes ouvertes avait été organisée sur le chantier le 30 mai 2026 avant la fermeture du site.

