À Allonnes, cinq entraves en fer révèlent une métropole gauloise et son commerce d’esclaves

L’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a livré en juillet 2026 les résultats de l’étude du mobilier métallique d’Allonnes, en Maine-et-Loire, où fouilles préventives et analyses ont mis au jour cinq entraves en fer et une agglomération gauloise de vingt hectares. Menée avant la construction d’un lotissement, l’opération éclaire plus de huit siècles d’occupation, du quartier artisanal au sanctuaire, et documente des pratiques rituelles et commerciales rares pour la Gaule indépendante.

Le site, situé sur la commune d’Allonnes, s’organise autour d’un vaste quartier d’artisans et d’un complexe religieux. Selon l’Inrap, l’agglomération couvrait une vingtaine d’hectares, dont une fraction seulement a été explorée par les archéologues avant l’aménagement. Outils, armes, monnaies, objets de parure et instruments de contrainte témoignent du rôle économique, artisanal et cultuel de ce pôle de l’Europe celtique.

Un quartier d’artisans tourné vers le métal

Le travail du métal aurait constitué l’activité dominante du secteur fouillé. D’après l’Inrap, forgerons, bronziers et dinandiers, ces derniers spécialisés dans le travail de la tôle, y exerçaient dans un espace densément occupé. Les archéologues ont recueilli un ensemble d’outils et d’ustensiles, des produits semi-finis sous forme de barres de matière première prêtes à être forgées, ainsi que d’abondantes scories et battitures, résidus caractéristiques de la métallurgie ancienne.

De petits bâtiments sur quatre poteaux auraient abrité ateliers ou étals de vente, tandis que de nombreuses places aménagées dans le plan de l’agglomération semblent avoir servi à la tenue de marchés ou de foires. Des amphores à vin importées du monde romain, retrouvées dans les niveaux d’occupation, confirment que les échanges dépassaient la sphère locale.

Cinq entraves en fer, indice d’un commerce d’esclaves

La découverte la plus commentée reste celle d’au moins cinq entraves en fer destinées à immobiliser poignets et chevilles, dans un état de conservation jugé exceptionnel. L’apparition de ce type d’objet demeure très rare pour la période et le territoire gaulois. Le diamètre des entraves de poignet, inférieur à 6 cm, suggère qu’elles étaient utilisées sur des femmes ou des enfants, tandis que les modèles de cheville pesaient plus d’un kilogramme par anneau et par pied.

Pour les chercheurs, cette concentration renforce l’hypothèse d’un commerce servile actif au sein de l’agglomération, avant même la conquête romaine. Les données relatives aux catégories les plus défavorisées de la société gauloise, et en particulier à la population servile, restent presque toujours invisibles dans le registre archéologique. Les individus réduits en esclavage pouvaient être issus de contingents de guerre, de sentences judiciaires ou de dettes impayées.

Un sanctuaire actif pendant près de huit siècles

Le sanctuaire d’Allonnes aurait perduré pendant près de huit siècles, même après l’annexion romaine et l’abandon de l’agglomération. Les archéologues y ont distingué deux types d’espaces rituels : un enclos vraisemblablement réservé à une élite sacerdotale, peut-être des druides, où se tenaient des cérémonies à accès restreint, et une zone publique attenante, ouverte à l’ensemble de la population.

Dans ces espaces ont été recueillies plusieurs pièces d’armement, épées, fourreaux et pointes de lance, ainsi que plusieurs centaines de monnaies gauloises et romaines couvrant plus de cinq siècles, déposées en offrandes aux divinités. S’y ajoutent de petits objets en alliage cuivreux, éléments de harnachement et clés, ainsi que des pièces de vêtement et de parure, fibules, amulettes et bagues, à fonction votive.

Des offrandes volontairement mutilées

Une part significative de ces offrandes porte des traces de déformation ou de mutilation volontaire. Les spécialistes y voient un geste symbolique visant à retirer à l’objet son caractère utilitaire ou marchand pour en faire un don exclusif aux dieux. Les armes apparaissent souvent tordues, pliées ou cisaillées. Environ un tiers des monnaies documentées à Allonnes auraient été volontairement endommagées au burin, limées ou coupées.

Le corpus métallique, composé de pièces en fer et en alliage cuivreux, a été confié au laboratoire Arc’Antique, à Nantes, pour stabilisation, conservation et restauration avant étude spécialisée. Les techniciens y ont appliqué différents traitements pour stopper la corrosion, des bains chimiques au microsablage à billes de verre. Les illustrations du mobilier ont été signées par Elven Le Goff et Emmanuelle Collado, de l’Inrap.

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Jacques CARLES