La baisse des naissances frappe surtout les petites villes du nord et du centre selon l’Insee

L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié le 23 juillet 2026 une étude montrant que le recul des naissances en France depuis 2010 épargne davantage les périphéries des grandes agglomérations que les petites villes du nord et du centre du pays. Le document dresse une carte très contrastée d’un déclin démographique national.

Cette photographie territoriale intervient alors que la fécondité française atteint son plus bas niveau depuis plus d’un siècle, un enjeu qui pèse sur l’école, les services publics locaux et l’équilibre des retraites à long terme.

Un recul de 14 % en douze ans

Entre 2010 et 2022, le nombre de naissances a diminué de 14 % en France hors Mayotte, passant de 833 000 à 715 000, selon l’Insee Première n° 2121 signé par Sophie Éblé et Luigi Muzzolin. La chute s’est ensuite accélérée, avec un repli supplémentaire de 11 % entre 2022 et 2025.

Ce mouvement s’explique d’abord par la fécondité. L’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) est tombé à 1,55 enfant par femme en 2025, son niveau le plus faible depuis 1918, contre 2,03 en 2010. Un tel seuil reste très inférieur au seuil de renouvellement des générations, estimé à 2,1 enfants par femme.

Quatre départements sur dix cumulent les handicaps

Dans près de quatre départements sur dix, situés principalement dans le nord et le centre de la France, la baisse des naissances résulte d’un triple effet, selon l’institut : une fécondité en recul, une diminution du nombre de femmes en âge de procréer et des départs de population plus nombreux que les arrivées.

Les écarts entre territoires sont marqués. D’après les chiffres repris par 20 Minutes et l’Agence France-Presse (AFP) le 24 juillet 2026, la Haute-Saône enregistre un recul de 30,6 % des naissances, les Ardennes de 28,1 % et l’Orne de 27,3 %. À l’inverse, l’Ain limite sa baisse à 6,8 %, la Gironde à 2,4 % et l’Essonne à 2 %.

Les métropoles amortissent la chute

La taille des villes joue un rôle central. Dans les petites communes de moins de 50 000 habitants, les naissances ont chuté de 24 %, alors que le recul se limite à 9 % dans les grandes aires urbaines de plus de 700 000 habitants, précise l’Insee.

Les départements dotés d’agglomérations attractives, notamment sur une partie du littoral atlantique et dans les régions parisienne et lyonnaise, amortissent le déclin grâce à l’installation de nouveaux habitants. « L’arrivée de ménages en âge d’avoir des enfants limite l’ampleur de la baisse des naissances », écrivent les auteurs. Les métropoles de Bordeaux, Nantes, Toulouse et Montpellier figurent parmi les territoires les plus soutenus par ces flux.

Des naissances redistribuées vers les périphéries

Au sein des plus grandes aires urbaines, la géographie des naissances se déforme. « Les naissances se redistribuent des communes-centres vers les périphéries, du fait des trajectoires résidentielles des familles », observe l’Insee, décrivant le départ de nombreux ménages vers les couronnes urbaines au moment de l’agrandissement de la famille.

Les tendances varient aussi fortement outre-mer. La Guyane afficherait une hausse de 27 % des naissances et Mayotte de 47 %, quand la Martinique et la Guadeloupe connaîtraient des reculs plus prononcés qu’en métropole, de respectivement 28 % et 22 %, selon l’institut.

Un enjeu pour les services publics locaux

La concentration du recul dans les zones peu denses interroge l’avenir des équipements de proximité. Une natalité qui s’effrite plus vite dans certains départements pourrait fragiliser le maillage des maternités, des écoles et des crèches, dans des territoires déjà confrontés au vieillissement de leur population et à la difficulté d’attirer des actifs.

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Jacques CARLES