Cinq communes perdent leur derniere pharmacie chaque mois en France, selon la Federation des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), un recul du maillage officinal que France Assos Sante a remis en lumiere dans une analyse publiee le 17 juillet 2026 sur les pistes de solution aux deserts pharmaceutiques.
Le phenomene prolonge celui des deserts medicaux. La France comptait moins de 20 000 officines en activite en 2024, soit une baisse de 10 % en dix ans, d’apres l’Ordre national des pharmaciens. Entre 200 et 300 pharmacies ferment chaque annee, l’equivalent d’une par jour ouvre, et les zones rurales concentrent l’essentiel des disparitions.
Un recul concentre dans les territoires ruraux
La FSPF recense 54 fermetures de dernieres pharmacies en 2024 et 29 depuis le debut de l’annee 2025, ce qui aboutit a une moyenne de cinq communes privees chaque mois de leur seul point de dispensation. La Cour des comptes, dans un rapport de 2025, chiffre a 211 le nombre d’officines fermant chaque annee, en majorite en zone rurale.
Certains departements paient un tribut plus lourd sur la decennie 2014-2024, avec des reculs de l’ordre de 23 % dans l’Allier, 20 % en Saone-et-Loire ou 19 % dans l’Ariege, l’Yonne et le Gers. Le temps d’acces s’allonge en consequence : six minutes de trajet en moyenne nationale, mais souvent plus de quinze minutes en milieu rural.
Une population rurale qui se dit abandonnee
Le sentiment d’eloignement progresse. Selon une enquete de Familles rurales d’octobre 2025, 72 % des habitants ruraux estiment que l’acces aux services de sante est le domaine qui s’est le plus degrade, soit 15 points de plus qu’en 2018, et 59 % jugent leur territoire « abandonne ».
« S’il n’y a plus de medecins ni de pharmaciens dans certaines communes, quels services de sante reste-t-il pour la population ? », interroge l’economiste de la sante Nathalie Coutinet, citee par France Assos Sante. Anne Legentil, de la Federation nationale Familles rurales, souligne que « cette situation est devenue tres difficile pour les personnes qui vivent avec des pathologies chroniques ».
Le pharmacien, dernier recours de proximite
Le retrait des officines pese d’autant plus que le pharmacien reste souvent le professionnel de sante le plus accessible sans rendez-vous, pour un conseil, un renouvellement d’ordonnance ou une vaccination. Bruno Galan, president du Conseil de l’Ordre des pharmaciens, redoute une bascule : « On va vers des deserts pharmaceutiques, c’est une grosse crainte », declare-t-il, evoquant pour les villages concernes « vraiment la mort du village ».
Le manque de repreneurs aggrave la spirale. Le nombre de pharmaciens proprietaires a baisse de 11,4 % en dix ans, et les officines rurales mises en vente trouvent difficilement acquereur. « Ca fait deux ans qu’on a mis en vente et on n’a toujours aucune visite », temoigne Jean-Philippe Kassian, pharmacien a Mezeray.
Des dispositifs experimentaux pour freiner la spirale
Plusieurs leviers ont ete actes dans la loi de financement de la securite sociale pour 2026, avec un assouplissement des criteres d’octroi de l’aide conventionnelle aux officines en difficulte. France Assos Sante rappelle qu’une aide financiere de 20 000 euros par an, sur trois ans et renouvelable, peut etre versee aux officines rurales fragiles.
Une autre piste concerne les antennes pharmaceutiques, des mini-pharmacies adossees a une officine existante et parfois installees en mairie. L’experience serait menee a Chateauneuf-de-Randon depuis aout 2025, tandis que des regroupements de petites officines sont testes ailleurs, comme au Faouet, dans le Morbihan.
La generalisation de ces antennes ne serait envisagee qu’a partir de 2028, sous reserve d’un bilan positif tire des communes pilotes.

