Rachat de SFR renvoyé à l’Autorité de la concurrence pour au moins 18 mois

La Commission européenne a renvoyé le mardi 15 juillet à l’Autorité de la concurrence française l’examen du rachat de SFR par Bouygues Telecom, le groupe Iliad (Free) et Orange, une opération à 20,35 milliards d’euros qui mettrait fin à treize ans d’un marché à quatre opérateurs.

Le régulateur français dispose d’un délai d’instruction d’« au moins 18 mois », a précisé l’Autorité dans son communiqué du 15 juillet. Cette échéance repousse d’autant la disparition annoncée du deuxième opérateur français, qui compte environ 25 millions de clients, et suspend le sort de milliers de salariés à une décision encore lointaine.

Un dossier jugé « franco-français »

Saisie en premier lieu, la Commission européenne a estimé que l’Autorité de la concurrence était « la mieux placée pour examiner cette opération de concentration », selon le communiqué de l’institution française. Le renvoi, sollicité par les parties, concentre l’arbitrage à Paris plutôt qu’à Bruxelles.

L’opération se présente en réalité comme trois concentrations distinctes mais contractuellement liées, une pour chacun des trois repreneurs. L’Autorité indique qu’elle les instruira « concurremment », avant de rendre une décision pour chacune. Le périmètre couvre la téléphonie fixe et mobile ainsi que l’accès à internet à haut et très haut débit.

Le montage financier prévoit une répartition asymétrique des actifs : Bouygues Telecom récupérerait 42 % du véhicule d’acquisition, Iliad-Free 31 % et Orange 27 %, selon les annonces conjointes des trois opérateurs. Cette clé de partage détermine notamment la ventilation des abonnés mobiles et fixes de SFR entre les acquéreurs.

Une facture de 20,35 milliards

Le prix de 20,35 milliards d’euros, annoncé en avril puis scellé par un protocole d’accord le 6 juin, marque un net rebond après le rejet d’une première offre à 17 milliards d’euros par Altice France en octobre 2025. L’écart, de plus de 3 milliards, mesure le chemin parcouru par les prétendants pour arracher l’accord de Patrick Drahi, propriétaire d’Altice.

La documentation juridique définitive était attendue au second semestre 2026, pour une finalisation effective de la transaction envisagée au second semestre 2027, sous réserve des feux verts réglementaires. Le calendrier de l’Autorité, désormais fixé à un an et demi au minimum, s’inscrit dans cette fenêtre.

Des garanties sur l’emploi à l’épreuve du calendrier

Les trois repreneurs ont assuré qu’aucun licenciement n’interviendrait avant 2029, un engagement qui tient en partie au délai même de l’instruction. Les syndicats de SFR restent sceptiques : selon les estimations relayées par la presse, jusqu’à 4 500 postes seraient menacés à terme, malgré un maintien affiché de 7 800 emplois jusqu’en 2029.

L’inquiétude porte aussi sur le réseau de distribution. Plusieurs centaines de boutiques SFR pourraient fermer, les repreneurs disposant déjà de leurs propres enseignes. Les représentants du personnel réclament des garanties écrites sur le transfert des salariés, que la seule promesse de non-licenciement ne suffit pas à lever.

Ce que l’Autorité peut exiger

L’examen ne se limitera pas à valider ou refuser l’opération. L’Autorité de la concurrence pourrait imposer une révision de la répartition des actifs, exiger des cessions supplémentaires ou réclamer des engagements concrets sur les prix des abonnements et le niveau d’investissement dans les réseaux.

Le passage de quatre à trois opérateurs constitue une inflexion sans équivalent récent sur le marché télécom français, où l’arrivée de Free en 2012 avait précisément tiré les prix vers le bas. Le régulateur consultera les opérateurs concernés, les associations de consommateurs et l’Arcep, le gendarme des télécoms, avant de trancher. Ses conclusions ne sont pas attendues avant 2028.

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Jacques CARLES