Les fouilles ont repris lundi 20 juillet sur le plateau de Corent, près de Veyre-Monton (Puy-de-Dôme), autour d’une trouvaille rare : l’atelier où les Arvernes frappaient leur monnaie, présenté comme le premier identifié au cœur d’une ville gauloise en Europe.
Une centaine de bénévoles, d’étudiants et d’archéologues creusent le site jusqu’au 10 septembre, sous la direction de Matthieu Poux, professeur d’archéologie à l’université Lumière Lyon 2. L’enjeu dépasse la région : Corent fut la capitale des Arvernes, le peuple de Vercingétorix, avant que Gergovie ne prenne le relais, et ses pièces circulaient jusqu’aux confins de l’Europe celtique.
Un atelier repéré aux déchets de fabrication
La campagne de l’été 2024 avait livré les indices décisifs. Les archéologues ont mis au jour, au centre de l’oppidum, les rebuts caractéristiques d’une frappe de monnaie : des chapelets de flans, ces pastilles de métal encore reliées avant d’être frappées, un fragment de coin monétaire — la matrice gravée qui imprime le motif — ainsi qu’un poinçon et une petite plaque de plomb.
« C’est une première à l’échelle européenne », a expliqué Matthieu Poux à la radio RCF, à propos de la découverte d’un atelier de production monétaire au cœur d’une agglomération gauloise. La zone concernée, d’environ 300 m², a été fouillée de juillet à septembre lors de la précédente campagne.
Pourquoi la trouvaille compte
Jusque-là, les ateliers monétaires gaulois restaient largement théoriques : on connaissait les monnaies, frappées par milliers, mais pas les lieux où elles naissaient. Les monnaies arvernes émises à Corent se retrouvent en grande quantité à travers la France et une partie de l’Europe, signe de la puissance économique du peuple avant la conquête romaine.
Localiser la fabrique, et non plus seulement le produit, permet de rattacher cette production à un quartier artisanal daté et cartographié. Selon le laboratoire LUERN, qui pilote les recherches avec l’université Lyon 2, l’atelier confirmerait le statut de capitale de Corent au Ier siècle avant notre ère.
Vingt ans de fouilles sur le plateau
Le site n’est pas une découverte isolée. Occupé dès le Néolithique, le plateau de Corent fait l’objet de fouilles programmées depuis une vingtaine d’années, qui ont dégagé un sanctuaire, une place publique, des zones d’habitat et des quartiers d’artisans. L’atelier monétaire s’ajoute à cet ensemble et oriente désormais les recherches vers d’autres foyers de production possibles.
Après une pause d’un an, l’équipe repart de ces résultats pour explorer les abords de l’atelier et retrouver, selon les termes des responsables, le réseau de circulation en contact avec ces quartiers artisanaux. La campagne 2026 doit préciser l’organisation de la fabrique et son insertion dans la ville arverne.
Le chantier ouvert au public jusqu’en septembre
Les fouilles restent visibles. Le site propose des visites guidées tous les samedis à 18 heures, du 1er août au 10 septembre, date de fermeture du chantier. Le plateau de Corent, dominant la vallée de l’Allier, est par ailleurs accessible en accès libre le reste de l’année.
Les résultats de la campagne en cours ne seront connus qu’à l’automne, une fois les vestiges dégagés, prélevés et étudiés. Les archéologues espèrent y confirmer, voire y multiplier, les indices d’une frappe monétaire dont Corent pourrait rester le seul exemple fouillé à ce jour en Europe.

