Le nombre de Franciliens en attente d’un logement social a franchi pour la première fois la barre des deux millions de personnes fin 2025, selon les données publiées le 7 juillet 2026 par la Direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement (DRIHL) et l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur). Un seuil qualifié d’« historique ».
Derrière ce chiffre se joue l’accès au logement de familles modestes, dont beaucoup patientent plusieurs années avant d’obtenir un toit à leur portée. La région concentre à elle seule une part importante de la demande nationale, alors que le parc social peine à suivre le rythme des besoins.
Un seuil symbolique dépassé
Au 31 décembre 2025, 933 996 demandes de logement social étaient enregistrées en Île-de-France, représentant 2 058 483 personnes, d’après la DRIHL et l’Apur. Le nombre de ménages demandeurs a progressé de 5 % en un an. « Le nombre de personnes en attente d’un logement social dépasse pour la première fois 2 millions, le franchissement de ce seuil est symbolique et historique », soulignent les auteurs de l’analyse.
À l’échelle nationale, la demande active atteignait 2,94 millions de ménages à la fin du premier trimestre 2026, contre 1,88 million en 2015, selon les chiffres du logement social relayés par l’Union sociale pour l’habitat, soit une hausse de l’ordre de 56 % en une décennie.
Des délais qui s’allongent
Le délai médian d’attribution s’établirait à 30,4 mois en Île-de-France, d’après les données de la DRIHL. Il dépasserait 34 mois à Paris, en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise, et atteindrait 35,2 mois dans le Val-de-Marne. Paris a enregistré 327 258 demandes en 2025, en hausse de 12 % sur un an.
Selon la même source, 21 % des ménages inscrits attendent depuis au moins cinq ans. En 2025, 67 113 logements ont été attribués dans la région, permettant de loger 159 786 personnes, un volume sans commune mesure avec le stock de demandes en souffrance.
Ces délais varient fortement d’un département à l’autre. Ils sont plus courts dans les territoires périurbains où le parc social est proportionnellement plus abondant, et bien plus longs dans le cœur dense de l’agglomération, où la pression foncière limite les constructions neuves et le renouvellement des logements attribuables.
Une demande portée par la précarité
Le profil des demandeurs illustre la fragilité d’une partie de la population francilienne. Toujours d’après la DRIHL et l’Apur, 25 % des ménages disposent de revenus inférieurs à 12 083 euros par personne et par an, et 20 % sont des familles monoparentales. À l’inverse, 30 % des candidats sont déjà logés dans le parc et cherchent à changer d’habitation, souvent pour des raisons de taille ou de coût.
« Cette évolution traduit la difficulté persistante d’une partie de la population à accéder à un logement adapté à ses revenus », observe Éric Constantin, directeur régional de la Fondation pour le logement des défavorisés, cité dans l’analyse. La progression de la demande s’inscrit dans un contexte de production de logements sociaux jugée insuffisante, avec 85 000 logements financés en 2024 sur l’ensemble du territoire.
Un déséquilibre entre offre et demande
L’écart entre le nombre de demandes et les attributions annuelles alimente l’engorgement du dispositif. En Île-de-France, les organismes ont attribué en 2025 un logement pour environ quatorze demandes enregistrées, un ratio qui explique l’allongement des files d’attente.
La Fondation pour le logement, dans son rapport annuel sur le mal-logement publié début 2026, avait déjà alerté sur des indicateurs orientés à la hausse partout en France. Les demandeurs franciliens, plus nombreux et souvent plus modestes, concentrent une part majeure de ces tensions.
Des chiffres attendus dans les prochains mois
Les données de la DRIHL et de l’Apur portent sur la situation arrêtée à la fin 2025. Les prochains bilans trimestriels du logement social, attendus dans le courant de l’année, préciseront si la demande poursuit sa progression au premier semestre 2026 et si les attributions parviennent à réduire, ne serait-ce que partiellement, l’écart avec les besoins recensés.

