L’Institut national de recherches archéologiques préventives fouille à Soultz, dans le Haut-Rhin, les abords de l’église Saint-Maurice, où des sépultures et les vestiges d’un îlot urbain disparu ont été mis au jour à la faveur du réaménagement de la place, a indiqué l’institut le 8 juillet.
L’opération éclaire le passé médiéval de cette petite ville située à une vingtaine de kilomètres de Mulhouse, longtemps liée à l’abbaye d’Ebersmunster puis à l’évêché de Strasbourg. Sous la place actuelle se superposent plusieurs siècles d’occupation, du cimetière paroissial aux constructions civiles effacées par les remaniements successifs.
Une fouille au rythme des plantations
Selon l’Inrap, l’intervention porte sur dix-huit fosses de plantation d’arbres réparties dans l’espace public, préalable au réaménagement du secteur. Ces sondages ponctuels, imposés par le projet paysager, offrent autant de fenêtres sur les couches archéologiques enfouies.
Dans ces ouvertures, les archéologues ont documenté des sépultures ainsi que les traces d’un quartier aujourd’hui disparu. La méthode, dictée par l’emprise réduite des fosses, contraint les chercheurs à reconstituer l’organisation ancienne du lieu à partir d’observations dispersées.
L’ombre de l’église Saint-Maurice
L’église Saint-Maurice, édifice gothique des XIIIe et XIVe siècles, se dresse au centre des anciens remparts de Soultz. Elle a été bâtie, rappelle l’Inrap, sur les fondations d’un sanctuaire roman plus ancien, signe d’une continuité religieuse sur ce point de la ville.
Autour de cette église s’est développé, dès les XIIIe et XIVe siècles, un cimetière paroissial. Les sépultures dégagées lors de la fouille en constituent le prolongement, témoignant des pratiques funéraires qui plaçaient les morts au plus près du lieu de culte, au cœur de l’espace habité.
Un quartier effacé par la ville
Aux tombes s’ajoutent les vestiges d’un îlot urbain disparu, dont la fouille précise les contours. Ces restes bâtis rappellent que la place actuelle a succédé à un tissu dense de constructions, remodelé au fil des siècles jusqu’à effacer la trame ancienne.
Le passé de Soultz s’inscrit dans l’histoire des dépendances religieuses de la région. Le rattachement successif à l’abbaye d’Ebersmunster, puis à l’évêché de Strasbourg, a façonné le développement de la ville et l’implantation de ses édifices, dont l’église conserve la mémoire.
Après le terrain, l’étude
Comme pour toute opération d’archéologie préventive, la phase de fouille sera suivie d’un travail d’analyse en laboratoire. L’étude des ossements, des niveaux de sol et des rares éléments de mobilier doit préciser la chronologie du cimetière et l’évolution du quartier disparu. Les résultats viendront compléter la connaissance d’un centre urbain alsacien dont l’organisation médiévale reste, pour partie, à reconstituer.
Une archéologie déclenchée par l’aménagement
L’intervention illustre le principe de l’archéologie préventive, qui associe recherche scientifique et travaux d’aménagement. Avant la réalisation d’un projet susceptible d’affecter le sous-sol, des diagnostics puis, le cas échéant, des fouilles permettent d’étudier et d’enregistrer les vestiges avant leur destruction. À Soultz, ce sont les fosses destinées à accueillir de nouveaux arbres qui ont motivé l’opération.
Cette contrainte façonne la démarche des chercheurs. Faute d’une emprise continue, ils doivent relier entre elles des observations morcelées pour restituer la logique d’ensemble du site. Chaque fosse livre une coupe verticale des couches accumulées, dont la lecture éclaire la succession des usages, du sanctuaire roman au cimetière puis à la place moderne.
Un héritage religieux structurant
Le passé de Soultz reflète le rôle des institutions religieuses dans la formation des villes alsaciennes. Le rattachement à l’abbaye d’Ebersmunster, puis à l’évêché de Strasbourg, a orienté le développement de la cité et l’implantation de ses édifices majeurs. L’église Saint-Maurice, au centre des anciens remparts, en demeure le point d’ancrage, tout comme le cimetière qui s’est déployé à ses pieds pendant plusieurs siècles.

