L’encours du Livret A a approché 450 milliards d’euros à la fin de 2025, un niveau jamais atteint, alors même que les Français ont retiré davantage qu’ils n’ont déposé sur l’année, selon les données de la Banque de France sur l’épargne réglementée. Le placement préféré des ménages doit ce record aux intérêts capitalisés plus qu’à la vigueur de la collecte.
Le constat vaut au-delà du seul Livret A. Les trois principaux produits réglementés, Livret A, livret de développement durable et solidaire et livret d’épargne populaire, affichent des encours au plus haut, dans un contexte de baisse des taux de rémunération qui a rogné l’attractivité de cette épargne de précaution.
Des encours au plus haut, une collecte en repli
D’après la Banque de France, l’encours du Livret A s’est établi autour de 449,6 milliards d’euros fin 2025, un record porté par les intérêts versés en janvier. Celui du livret de développement durable et solidaire a atteint 165,6 milliards d’euros, et celui du livret d’épargne populaire 83,8 milliards, deux plus hauts historiques également.
La dynamique de collecte, en revanche, s’est retournée. Le Livret A a enregistré une décollecte sur l’ensemble de 2025, les retraits l’emportant sur les versements. Le LDDS a mieux résisté, avec une collecte annuelle encore positive de 1,65 milliard d’euros, tandis que le livret d’épargne populaire a renoué avec une décollecte de 840 millions d’euros.
Ces livrets conservent des atouts qui expliquent leur encours élevé. Exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, disponibles à tout moment, ils restent plafonnés à 22 950 euros pour le Livret A et à 12 000 euros pour le livret de développement durable et solidaire. Le livret d’épargne populaire, plafonné à 10 000 euros et réservé aux ménages sous conditions de ressources, offre un rendement supérieur aux deux autres.
La baisse des taux au cœur du mouvement
Ce reflux accompagne le recul du rendement. Le taux du Livret A, fixé à partir d’une formule liée à l’inflation et aux taux de marché, a été abaissé au fil des révisions semestrielles, réduisant l’écart avec d’autres placements. La rémunération du livret d’épargne populaire, réservé aux ménages modestes, a suivi la même pente.
Pour les épargnants, l’arbitrage s’est déplacé vers l’assurance-vie et les comptes à terme, dont les rendements sont devenus plus compétitifs. Le mouvement de 2025 illustre la sensibilité de l’épargne réglementée aux décisions de taux, davantage qu’à une défiance envers ces livrets défiscalisés et disponibles à tout moment.
Un enjeu qui dépasse les ménages
Les sommes en jeu ne concernent pas que les particuliers. Une large part des dépôts du Livret A et du LDDS est centralisée à la Caisse des dépôts, qui l’utilise pour financer le logement social et des projets d’intérêt général. Une collecte atone réduit mécaniquement la ressource disponible pour ces prêts de long terme.
La prochaine révision du taux du Livret A, attendue au 1er août, sera scrutée de près. Selon les projections de la Banque de France, le rendement pourrait remonter, un ajustement susceptible de réorienter une partie de l’épargne des ménages vers ces livrets dans les mois à venir.

