L’INSEE a porté à 0,7 % sa prévision de croissance de l’économie française pour 2026, tout en avertissant que les ménages supporteraient l’essentiel du choc pétrolier déclenché par le conflit au Moyen-Orient, selon sa note de conjoncture publiée le 17 juin.
Intitulée « L’industrie tient la barre, les ménages accusent le coup », la note dessine une année à deux vitesses. L’appareil productif profite d’une reprise européenne et de commandes aéronautiques et navales, quand le pouvoir d’achat des ménages recule sous l’effet de la flambée des cours de l’énergie. L’institut se montre plus optimiste que la Banque de France, qui table de son côté sur une progression de 0,5 % du produit intérieur brut.
Une croissance tirée par l’industrie
Après un premier trimestre en repli de 0,1 %, le PIB rebondirait de 0,3 % au deuxième, avant de ralentir à 0,1 % par trimestre sur la seconde partie de l’année, détaille l’INSEE. Sur l’ensemble de 2026, la croissance atteindrait 0,7 %, contre une trajectoire proche de 1 % anticipée en début d’exercice.
Le moteur reste industriel. Les exportations progresseraient de 1,9 %, après 2,4 % en 2025, portées par l’aéronautique et le naval, dont la production augmenterait d’environ 10 % sur un an. L’investissement des entreprises, lui, marquerait le pas à 0,5 %, contre 0,7 % l’an dernier, signe que la prudence gagne aussi le tissu productif.
Le choc pétrolier frappe les prix
Le blocage du détroit d’Ormuz a asséché le marché pétrolier, avec un recul de la production mondiale d’environ 12 % et un baril propulsé au-delà de 110 dollars fin avril, contre 63 dollars en moyenne fin 2025, rappelle l’INSEE. L’institut retient désormais une hypothèse de prix autour de 85 dollars pour la fin de l’année.
Cette envolée s’est transmise aux prix à la consommation. L’inflation, tombée à 0,9 % sur un an en février, est remontée à 2,4 % en mai et atteindrait 2,7 % en décembre, selon les projections de l’institut. « Même si le choc pétrolier ralentit, la diffusion des hausses de prix se poursuit », a indiqué le chef du département de la conjoncture, Dorian Roucher, précisant qu’elle toucherait davantage les produits manufacturés que l’alimentation.
Des ménages qui paient la facture
Le pouvoir d’achat des ménages se contracterait de 0,3 % sur l’année, et même de 0,7 % rapporté par unité de consommation, selon l’INSEE. Les rémunérations, négociées avant la flambée énergétique, n’ont pas intégré la nouvelle donne, et la revalorisation du Smic de 2,4 % en juin ne suffit pas à combler l’écart.
Faute de pouvoir ajuster immédiatement leurs dépenses, les ménages puiseraient dans leur épargne pour amortir le choc. Leur taux d’épargne reculerait à 17,5 % du revenu, après 17,8 % en 2025. La consommation, moteur traditionnel de la croissance française, resterait quasi à l’arrêt, à 0,2 % après 0,5 % l’an passé. Les ménages reporteraient leurs achats importants, tailleraient dans l’hébergement-restauration, les transports et les loisirs, tout en accélérant, pour certains, l’acquisition de véhicules électriques pour sortir de leur dépendance au pétrole.
L’emploi commence à se retourner
Le marché du travail se dégrade en parallèle. Le taux de chômage grimperait à 8,4 % fin 2026, contre 7,9 % fin 2025 et 7,3 % fin 2024, selon l’institut. La confiance des consommateurs, mesurée en mai, est tombée à son plus bas niveau depuis trois ans.
L’écart de diagnostic avec la Banque de France, qui n’attend aucune croissance au deuxième trimestre là où l’INSEE table sur 0,3 %, sera scruté à l’automne, quand les deux institutions publieront leurs prochaines projections et confronteront leurs hypothèses sur le prix du baril.

