Les défaillances d’entreprises atteignent un record inédit depuis 2009

La France a enregistré 37 700 défaillances d’entreprises au premier semestre 2026, un niveau record depuis la crise financière de 2009, selon l’étude publiée le 16 juillet par le cabinet Altares. Le chiffre dépasse de 1 500 procédures celui de la même période un an plus tôt.

Cette poussée continue confirme la dégradation du tissu économique amorcée fin 2023. Elle intervient alors que la croissance reste atone et que les défaillances touchent désormais des secteurs longtemps épargnés, faisant peser une menace sociale de grande ampleur.

Un rythme jamais atteint depuis 2009

Le premier semestre se décompose en deux trimestres également dégradés. Altares avait recensé 18 986 procédures collectives au premier trimestre, en hausse de 6,4 % sur un an, avant 17 486 nouvelles ouvertures au deuxième trimestre, soit une progression de 5,4 %. Sur douze mois glissants, le total franchit désormais la barre des 71 000 entreprises, un seuil inédit.

Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il faut remonter à 2009 et au contre-coup de la crise des subprimes. Le nombre de procédures dépasse aujourd’hui nettement la moyenne des années d’avant-pandémie, quand la France comptait autour de 50 000 défaillances annuelles, un volume artificiellement comprimé pendant la période des aides publiques liées au Covid.

Les très petites entreprises en première ligne

La fragilité se concentre sur les structures les plus modestes. Les entreprises de moins de trois salariés représentent près de 75 % des procédures du semestre, soit l’écrasante majorité des dossiers ouverts devant les tribunaux de commerce. Ces microstructures, souvent sans trésorerie de réserve, encaissent les hausses de coûts sans marge de manœuvre.

Mais le mouvement gagne aussi des acteurs plus solides. Altares relève une progression des défaillances parmi les PME de vingt à quatre-vingt-dix-neuf salariés, dont la chute emporte des effectifs plus nombreux et des chaînes de sous-traitance entières.

La construction et l’agriculture particulièrement exposées

Aucun grand secteur n’échappe à la tendance. La construction demeure le premier contributeur en volume, avec plus de 4 000 sociétés concernées sur le seul deuxième trimestre. Le commerce suit, autour de 3 500 procédures, tandis que les services aux entreprises accusent une hausse proche de 14 %.

L’agriculture apparaît comme l’un des points noirs, avec un bond des défaillances de plus de 20 % sur un an. Les services aux particuliers, le transport et le commerce de détail, notamment l’habillement, complètent le tableau d’une économie où la demande intérieure peine à repartir.

Un coût social lourd et durable

Derrière les statistiques se cachent des destructions d’emplois massives. « Au-delà de la disparition de savoir-faire, ces défaillances entraînent de lourdes conséquences sociales : emplois directement supprimés ou fragilisés, mais aussi effets indirects sur les fournisseurs, les sous-traitants et plus largement sur l’écosystème économique local », souligne Thierry Millon, directeur des études d’Altares.

Le directeur des études pointe un environnement durablement défavorable. Il évoque « un climat géopolitique instable, marqué par des perturbations des chaînes logistiques et donc l’allongement des délais de livraison et la hausse des coûts d’exploitation », des facteurs qui grèvent les marges des entreprises déjà fragilisées. Chaque procédure ouverte fragilise en cascade plusieurs partenaires commerciaux, amplifiant le choc pour les territoires concernés.

Une amélioration improbable d’ici la fin de l’année

Les perspectives restent orientées à la hausse. Altares anticipe entre 34 000 et 35 000 procédures supplémentaires au second semestre, un rythme qui maintiendrait 2026 au-dessus des records précédents si la tendance se confirmait. Le cabinet observe que la hausse ne s’explique plus par les effets différés de la crise sanitaire, mais par une croissance modérée et des coûts d’exploitation qui restent élevés.

La conjoncture générale n’incite guère à l’optimisme. La Banque de France estime la progression du produit intérieur brut à seulement 0,2 % au deuxième trimestre, un rythme insuffisant pour redonner de l’air aux entreprises les plus exposées. Dans ce contexte, le repli des défaillances attendu par certains observateurs pour 2025 ne s’est pas matérialisé, et l’année en cours devrait rester marquée par la même tension sur le front des tribunaux de commerce.

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Jacques CARLES