À Witry-lès-Reims, une épée gauloise dans son fourreau relance la nécropole pillée depuis 1870

Après six semaines de fouilles à Witry-lès-Reims (Marne), les archéologues du service archéologie du Grand Reims ont mis au jour quinze nouvelles sépultures gauloises et des objets vieux d’environ 2 500 ans, dont une épée encore glissée dans son fourreau.

La découverte, révélée à la mi-juillet 2026, s’ajoute aux 46 tombes déjà répertoriées sur ce site funéraire du second âge du Fer, portant l’ensemble à une soixantaine de sépultures. Elle intervient alors que la parcelle, promise à un lotissement, était réputée épuisée après un siècle et demi de curiosité et de fouilles sauvages.

Une nécropole que l’on croyait vidée par les pilleurs

Le lieu n’est pas une découverte récente. Les premiers vestiges de la nécropole y ont été signalés dès 1870, et le terrain a été régulièrement visité depuis. Au XIXe siècle, des fouilles informelles et des pillages avaient prélevé une partie du mobilier funéraire, au point que l’on pensait le site largement vidé de ses dépôts.

Les opérations conduites cette année démentent ce constat. Sidonie Richez, adjointe au service archéologie du Grand Reims, a souligné que si les prélèvements du XIXe siècle avaient bien appauvri les dépôts d’origine, les objets exhumés récemment se trouvent dans un état de conservation jugé « remarquable » et susceptibles d’être présentés en musée.

Une épée, des vases et des offrandes alimentaires

Parmi les pièces mises au jour figure une épée toujours logée dans son fourreau, ainsi que des vases parfois intacts qui contenaient des offrandes alimentaires. Des fragments d’os et des éléments de bracelets ont également été recueillis. Un bloc calcaire portant le nom gravé d’un soldat de la Première Guerre mondiale a par ailleurs été retrouvé sur la parcelle, témoin d’une occupation bien plus tardive du secteur.

Les objets remontent à environ 450 avant Jésus-Christ, soit près de vingt-cinq siècles. Cette datation situe l’ensemble dans une période où les populations installées autour de l’actuelle Reims pratiquaient un rite funéraire codifié, associant inhumation et dépôt d’objets destinés à accompagner le défunt.

Un tumulus reconstitué autour d’une tombe centrale

Les archéologues ont pu documenter l’architecture d’un monument funéraire. « Une tombe centrale est entourée d’un monument funéraire composé d’un fossé circulaire, la terre extraite formant au-dessus un monticule appelé tumulus », a décrit Sidonie Bundgen, responsable d’opération au service archéologie du Grand Reims, qui a piloté le chantier de six semaines.

De ce dispositif, seule la base du fossé circulaire a été conservée. Le monticule de terre qui coiffait autrefois la sépulture a disparu, mais son tracé au sol permet de restituer la logique d’origine du monument.

Un homme et deux enfants dans une même tombe

L’une des sépultures fouillées cette année a livré les restes d’un homme adulte accompagné de deux enfants, dont un nouveau-né. Ce type d’association pose la question des liens entre les défunts et des choix opérés par la communauté au moment de l’inhumation, sans que les données de terrain permettent à ce stade de trancher.

L’étude du mobilier et des ossements doit désormais se poursuivre en laboratoire. Les analyses préciseront la datation, l’identité des défunts et la place de cette nécropole dans le maillage funéraire gaulois de la région rémoise, avant une éventuelle valorisation muséale des pièces les mieux conservées.

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Jacques CARLES