La tour Perret de Grenoble, première grande tour en béton armé au monde, a été inaugurée le vendredi 10 juillet et rouvre au public le samedi 11 juillet, après plus de soixante ans de fermeture et deux ans et demi de restauration. L’édifice de 90 mètres est l’unique vestige de l’Exposition internationale de la houille blanche de 1925.
Sa réouverture referme un long épisode d’abandon. Fermée au début des années 1960 pour raisons de sécurité, la tour affichait un dévers de 40 centimètres et des armatures métalliques corrodées, un état qui menaçait la survie même d’un monument classé en 1998.
Un manifeste du béton armé signé Auguste Perret
Conçue par l’architecte Auguste Perret, pionnier mondial du matériau dont l’œuvre au Havre est inscrite au patrimoine de l’Unesco, la tour a été pensée comme une démonstration technique. Ses 1 300 tonnes de béton armé enveloppent une structure dont la paroi extérieure, ajourée de claustras, ne mesure que deux centimètres d’épaisseur, selon les relevés rapportés par Batirama.
La Ville de Grenoble rappelle qu’à son inauguration l’édifice passait pour « le plus haut monument en béton armé du monde ». Le vieillissement du matériau, réputé difficile à conserver, avait toutefois transformé la prouesse de 1925 en chantier à haut risque.
Un chantier pilote pour le patrimoine en béton
Menés de septembre 2023 à la fin 2025, les travaux ont mobilisé des techniques de pointe, du jet grouting pour stabiliser les fondations à une protection cathodique répartie sur 2 000 points pour stopper la corrosion. La boule sommitale a été reposée par hélicoptère, détaille le média local Mesinfos le 8 juillet.
« Sans exagérer la portée de ce projet, son ampleur et son caractère innovant et maîtrisé contribueront certainement à valider scientifiquement et techniquement les méthodes de conservation des constructions en béton », souligne François Botton, architecte en chef des monuments historiques et maître d’œuvre de la restauration, cité par la Fondation du patrimoine.
Un financement public et participatif
Le coût de l’opération avoisine 15 millions d’euros, avec une participation de l’État à hauteur de 5 millions et du Département de l’Isère pour 3 millions, le reste étant assuré par la Ville et le mécénat. La Fondation du patrimoine a soutenu le projet à hauteur de 297 140 euros, dont 250 140 euros de dons collectés, pour un objectif initial de 500 000 euros.
Cette mobilisation illustre le modèle de financement croisé désormais courant pour les grands chantiers patrimoniaux. Elle a permis de sauver un édifice que sa singularité technique rendait particulièrement coûteux à restaurer.
Une montée à 85 mètres pour les visiteurs
Le public peut désormais accéder en ascenseur à une plateforme située à 60 mètres, moyennant un billet de 7 euros, tarif réduit à 5 euros. Une visite guidée conduit jusqu’au sommet, à 85 mètres, pour un supplément de 7 euros, avec une jauge limitée à 50 personnes simultanément.
La Ville table sur 40 000 visiteurs par an. Les méthodes expérimentées à Grenoble, suivies notamment par l’ICOMOS France, pourraient servir de référence pour la conservation d’un patrimoine du XXe siècle de plus en plus menacé par le vieillissement du béton.

