L’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a révélé, en juin 2026, les premiers résultats d’une fouille menée sur la base navale de Toulon, dans le Var, qui met au jour un établissement portuaire antique occupé du IIe siècle avant notre ère au début du IIIe siècle de notre ère.
L’opération, prescrite par l’État dans le cadre du projet de porte-avions de nouvelle génération, dévoile un site jusqu’ici insoupçonné sous l’emprise de la Marine nationale. Selon l’Inrap, les vestiges esquissent le portrait d’un comptoir insulaire tourné vers le commerce maritime, bien avant la fondation de l’ancêtre romain de la ville.
Une île antique sous la base navale
Les vestiges se concentrent sur l’ancienne île de Milhaud, une barre rocheuse de faible altitude à peine détachée de la côte de la rade toulonnaise, aujourd’hui intégrée à l’emprise militaire, selon l’Inrap. La fouille a été prescrite par l’État via le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), en amont des travaux du projet de porte-avions de nouvelle génération (PA-NG), pilotés par le Service d’infrastructure de la Défense.
D’après l’institut, les constructions dégagées suivent une organisation régulière épousant la forme allongée de l’île. L’établissement s’ouvrait au sud-est sur une plage de sable donnant sur la rade, tandis que de puissantes maçonneries mises au jour sur le flanc nord attesteraient une fortification dès l’origine du site.
Habitat, artisanat et pêche
L’analyse des objets fragmentés recueillis en abondance date l’occupation entre le IIe siècle avant notre ère et le début du IIIe siècle de notre ère, précise l’Inrap. Vaisselle, poids de métier à tisser et objets de parure, dont une bague sertie d’une intaille, ont été retrouvés dans les niveaux d’habitation, à même le sol en terre battue des maisons.
Les aménagements domestiques comprennent des foyers, dont un foyer circulaire dégagé sur le sol d’une habitation, et des fours. Certaines maisons auraient aussi abrité des activités artisanales, avec des indices évoquant deux petites unités de production de farine et de vin ou d’huile, indique l’institut. La présence de lests de filet en plomb confirme par ailleurs la pratique de la pêche par ses habitants.
Un comptoir tourné vers le grand commerce
De part et d’autre des habitations, sur la plage au sud-est comme contre la fortification au nord-ouest, d’importantes quantités de vaisselle et d’amphores brisées montrent que l’établissement insulaire a tenu une place significative dans les échanges maritimes durant toute la période, selon l’Inrap. La majorité des biens importés proviendrait d’Italie du Sud, un indice d’influence romaine sur un littoral théoriquement placé dans l’aire commerciale de la Marseille grecque.
L’institut souligne que cet établissement serait antérieur à Telo Martius, l’ancêtre romain de Toulon fondé vers le milieu du Ier siècle de notre ère, et qu’il aurait conservé une importance stratégique avant comme après cette fondation. Le site serait aujourd’hui, selon l’Inrap, sans équivalent connu sur la côte provençale pour cette période, ce qui pourrait modifier la connaissance de l’histoire antique de la rade et poser la question de son abandon tardif.
D’une escale antique à l’arsenal de Louis XIV
Après un long hiatus, l’île connaît une seconde vie militaire à l’époque moderne. Un magasin à poudre édifié au XVIIe siècle sous Louis XIV et le port de Milhaud, construit en 1695-1696, marquent le basculement du secteur vers une vocation stratégique, rappelle l’Inrap. Cette superposition d’occupations, antique puis militaire, caractérise encore le lieu.
La fouille subaquatique du port s’était achevée en décembre 2025, avant le remblaiement destiné à dégager le revers de quai. Les investigations terrestres du secteur Milhaud 7 étant achevées, le ministère des Armées a annoncé le 2 juillet 2026 la libération de la zone, en dépit de la découverte de deux munitions non explosées qui a nécessité des procédures de sécurité particulières.
Prochaine étape
Les fouilles subaquatiques se poursuivent dans la petite darse jusqu’à la fin de 2026, tandis que la construction des infrastructures du PA-NG doit débuter en 2027, pour une mise en service visée au milieu des années 2030.

