La production manufacturière française a de nouveau reculé en juin 2026, cédant 1,1 % sur un mois, selon les données publiées mercredi 5 août par l’Insee. Un deuxième mois consécutif de baisse qui confirme l’essoufflement de l’industrie hexagonale.
Ce repli, qui succède à une contraction de 1,0 % en mai, illustre la fragilité persistante de l’appareil productif français, alors que la Banque de France ne table plus que sur une croissance de 0,5 % pour l’ensemble de l’année. La production industrielle dans son ensemble n’a, elle, progressé que de 0,1 % en juin, un rebond très inférieur au consensus des économistes interrogés par Reuters, qui anticipaient une hausse de 0,3 %.
Toutes les branches manufacturières en repli
Selon l’Insee, « la production baisse dans toutes les grandes branches de l’industrie manufacturière ». Le recul le plus marqué concerne la fabrication de matériels de transport, qui plonge de 3,8 % après avoir déjà cédé 2,1 % en mai. Le secteur automobile et aéronautique, longtemps présenté comme un moteur du redressement industriel, apparaît désormais comme le principal frein.
Les autres compartiments ne sont pas épargnés. Le groupement « autres produits industriels », qui rassemble la métallurgie, la chimie et la pharmacie, se replie de 0,6 % après 0,4 %. Les industries agroalimentaires reculent de 0,8 %, contre 0,3 % le mois précédent, tandis que la fabrication de biens d’équipement électriques, électroniques et informatiques limite sa baisse à 0,3 %, après un décrochage de 2,8 % en mai.
La canicule pèse sur le raffinage
La cokéfaction et le raffinage enregistrent le plongeon le plus spectaculaire, avec une chute de 12,0 % en juin, après une baisse de 11,7 % en mai. L’Insee attribue cet effondrement à « l’arrêt d’une raffinerie pour maintenance » et à des reculs de production intervenus « au cours de l’épisode de canicule » qui a frappé le pays en fin de mois.
Cette même vague de chaleur a produit un effet inverse sur le secteur de l’énergie. La production des « industries extractives, énergie, eau » a accéléré nettement, progressant de 3,8 % après 2,9 %, portée par une hausse de la consommation d’électricité liée à l’usage massif de la climatisation. C’est ce dynamisme énergétique qui a permis à la production industrielle globale d’éviter le rouge, malgré le décrochage manufacturier.
Un tableau annuel moins sombre
Sur un an, le bilan apparaît plus nuancé. Au deuxième trimestre, la production manufacturière progresse de 1,1 % par rapport à la même période de 2025, et la production industrielle dans son ensemble avance de 1,9 %. Les prix de production de l’industrie française, eux, ont continué d’augmenter en juin, de 0,2 % sur un mois et de 3,4 % sur un an, selon une autre note de l’institut statistique.
La photographie mensuelle contraste toutefois avec ces chiffres annuels. Le repli de juin s’inscrit dans un contexte de demande atone, que la Banque de France décrivait dès la mi-juin comme une activité « relativement peu allante ». Le secteur de la construction confirme cette morosité, avec une baisse de 2,9 % de sa production sur le mois, après une hausse de 1,2 % en mai.
Une industrie sous surveillance
Ces données interviennent alors que l’industrie française cherche un second souffle, entre coûts de l’énergie encore élevés et concurrence internationale accrue. Le rebond limité de la production totale, inférieur aux attentes, alimente les interrogations sur la capacité de l’économie française à retrouver un rythme de croissance soutenu au second semestre. Les prochains indicateurs conjoncturels de l’Insee, attendus dans les semaines à venir, seront scrutés pour confirmer ou infirmer cette tendance baissière.
Le repli des matériels de transport, épine dorsale de l’industrie française, cristallise particulièrement les inquiétudes. Après avoir soutenu la reprise post-pandémie, la filière automobile fait face à un ralentissement de la demande et à une transition électrique coûteuse, tandis que l’aéronautique compose avec des tensions persistantes sur ses chaînes d’approvisionnement.

