Le ministre des Comptes publics David Amiel a relancé le 31 juillet 2026, sur Sud Radio, l’hypothèse d’une « année blanche » budgétaire pour 2027, c’est-à-dire le gel des revalorisations automatiques de certaines dépenses publiques sur l’inflation. Une piste destinée à contenir un déficit que le gouvernement peine à ramener sous la barre des 3 % du PIB.
L’enjeu est considérable pour les finances publiques comme pour le pouvoir d’achat des ménages. Désindexer pensions de retraite, prestations sociales et barème de l’impôt sur le revenu reviendrait à ne pas les réévaluer au rythme de la hausse des prix, ce qui pèse mécaniquement sur les bénéficiaires tout en dégageant des marges pour l’État. Le sujet, déjà envisagé pour le budget 2026 avant d’être écarté du texte finalement adopté, ressurgit à quelques semaines de la préparation du projet de loi de finances.
Ce que propose David Amiel
Interrogé le 31 juillet sur Sud Radio, David Amiel a estimé que la question devait être posée. « Le débat sur les augmentations, les indexations automatiques indifférenciées, il faudra effectivement qu’on l’ait », a déclaré le ministre des Comptes publics, selon les propos rapportés par Boursorama et MoneyVox.
Le ministre a justifié cette réflexion par un arbitrage entre dépenses. « À chaque fois qu’on augmente de manière automatique et indifférenciée [certaines dépenses], ça se fait au détriment d’autres investissements », a-t-il ajouté. Amiel n’a toutefois pas précisé le périmètre exact des dépenses qui seraient concernées ni le calendrier des arbitrages.
Un signal envoyé dès la veille
La sortie du ministre des Comptes publics prolonge une déclaration du ministre de l’Économie Roland Lescure, la veille sur France Inter. Selon le média Echos Plus, ce dernier avait évoqué la nécessité de « regarder ces histoires d’indexation à l’inflation », qu’il présentait comme « une manière efficace de faire des économies ».
Cette convergence de deux membres du gouvernement en l’espace de vingt-quatre heures est interprétée par plusieurs observateurs comme un ballon d’essai avant l’ouverture officielle du chantier budgétaire. Le débat interviendrait à l’automne 2026, dans le cadre de la préparation du budget 2027, dont les arbitrages doivent précéder le dépôt du texte au Parlement.
Sept milliards d’économies potentielles
L’ampleur des économies attendues reste à ce stade une estimation. Selon l’ancien Premier ministre François Bayrou, une mesure comparable appliquée au budget 2026 aurait représenté environ 7 milliards d’euros d’économies, un chiffre repris par plusieurs médias économiques dont MoneyVox et France Épargne.
Ce montant est à mettre en regard de l’effort global visé par le gouvernement, qui table sur des économies de l’ordre de 30 à 50 milliards d’euros pour le budget 2027 afin de tenir sa trajectoire de réduction du déficit. Selon le ministère des Comptes publics, le déficit 2026 a été révisé à la hausse, à 5,2 % du PIB au lieu des 5 % initialement prévus, l’objectif restant de repasser sous 3 % en 2029.
Une piste politiquement inflammable
La proposition suscite des réserves, en particulier à gauche, une année blanche revenant à figer les retraites, les prestations sociales et le barème de l’impôt. Dès l’examen du texte de financement de l’automne 2025, les syndicats s’étaient opposés à une mesure du même ordre, rappellent les comptes rendus des débats parlementaires.
Une mission d’économistes préconiserait par ailleurs de préserver les minima sociaux, tels que le RSA et le minimum vieillesse, en cas de désindexation ciblée. Le gouvernement n’a pour l’heure arrêté aucune décision. Le périmètre définitif et le sort réservé à cette « année blanche » ne seront tranchés qu’au moment des arbitrages budgétaires de l’automne, à l’ouverture de l’examen du projet de loi de finances pour 2027.

