Le déficit des hôpitaux publics recule à 2,3 milliards d’euros en 2025 mais reste parmi les plus élevés en vingt ans

Le déficit des hôpitaux publics français s’est établi à 2,3 milliards d’euros en 2025, en baisse par rapport au record de 2,9 milliards enregistré en 2024, selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée le 28 juillet 2026.

Ce repli de 600 millions d’euros ne referme pas la crise financière du secteur. Rapporté aux recettes, le résultat net négatif atteint encore 2,1 % en 2025, contre 2,7 % l’année précédente. Il s’agit du troisième niveau de déficit le plus élevé observé depuis vingt ans, dans un contexte où l’endettement continue de peser sur la capacité des établissements à investir.

Un déficit qui recule mais ne se résorbe pas

La Drees, service statistique rattaché aux ministères sociaux, précise dans son étude n° 1380 que « tous les chiffres présentés pour 2025 sont des premières estimations, susceptibles d’être révisées ». Le montant de 2,3 milliards d’euros reste donc provisoire, mais confirme une trajectoire déficitaire installée depuis plusieurs exercices.

Le service statistique attribue l’amélioration surtout à un ralentissement des charges. Les dépenses de personnel, premier poste des hôpitaux, n’ont progressé que de 3 % en 2025, soit 1,9 milliard d’euros supplémentaires, un rythme moins soutenu que les années précédentes. Cette modération a permis de contenir un déficit qui, sans cela, aurait continué de se creuser.

Une activité en hausse mais contrastée

Dans le même temps, l’activité des hôpitaux a augmenté. « L’activité des établissements de santé a crû dans l’ensemble, mais son évolution est contrastée », relève la Drees. Les passages aux urgences ont atteint 21,5 millions en 2025, en hausse de 0,8 %, après une progression de 2,5 % en 2024. Le ralentissement de cette croissance traduit un reflux après les pics des années post-pandémie, sans que la pression sur les services d’accueil ne retombe.

Les effectifs salariés du secteur ont eux aussi progressé, de 1,0 % sur un an, contre 0,7 % en 2024. Cette reprise des embauches, après plusieurs années de tensions sur le recrutement soignant, contribue à la hausse mécanique de la masse salariale que les hôpitaux peinent à financer par leurs seules recettes.

Une dette qui bride l’investissement

Derrière le chiffre du déficit, la Drees pointe une fragilité de fond. Le ratio d’indépendance financière, qui rapporte l’encours de la dette aux capitaux permanents, a continué de se dégrader, atteignant 46,8 % en 2025 après 45,7 % en 2024. L’encours de dette des hôpitaux publics avoisine 30 milliards d’euros.

Selon la Drees, cet endettement chronique bride durablement la capacité d’investissement des établissements. Concrètement, une part croissante des ressources est absorbée par le remboursement de la dette au détriment de la rénovation des bâtiments, du renouvellement des équipements ou de la modernisation des blocs. Le ratio dette rapportée aux recettes recule légèrement, à 27,1 % en 2025 contre 27,9 % en 2024, sans inverser la tendance de fond.

Un débat qui déborde sur l’organisation hospitalière

La publication a relancé la controverse sur le fonctionnement des hôpitaux. Plusieurs commentateurs ont mis en avant le poids des fonctions support, en citant une part d’environ 36 % de personnels administratifs parmi les effectifs hospitaliers en France, contre 25 % en Allemagne. La Drees ne présente toutefois pas ces comparaisons internationales dans son étude, qui porte sur les comptes 2025 et non sur une analyse comparée de l’organisation.

Cet écart de lecture illustre les tensions autour des causes du déficit. Pour une partie des observateurs, l’ampleur des charges administratives constituerait une piste d’économies. D’autres soulignent que la modération salariale de 2025 traduit surtout des postes non pourvus et une contrainte budgétaire subie plutôt qu’une gestion assainie.

La Drees prévoit de compléter ces premières estimations à l’automne. Les données définitives sur les capacités d’accueil des hôpitaux en 2025 doivent être publiées en octobre 2026, celles sur les lits de soins critiques, les maternités et les effectifs à fin 2025 en décembre. Ces prochaines livraisons diront si le recul du déficit amorcé en 2025 se confirme ou reste un répit isolé.

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Jacques CARLES