Au Festival d’Aix-en-Provence, l’opéra « Accabadora » de Francesco Filidei crée l’événement

Le compositeur italien Francesco Filidei a créé son opéra de chambre « Accabadora » en première mondiale au Théâtre du Jeu de Paume, dans le cadre de la 78e édition du Festival d’Aix-en-Provence, avec des représentations échelonnées du 4 au 10 juillet.

Adaptée du roman de la Sarde Michela Murgia, paru en 2009, l’œuvre porte à la scène la figure de l’accabadora, cette femme qui, dans certaines communautés de Sardaigne, abrégeait autrefois les souffrances des mourants. Le sujet, qui touche la question de la fin de vie, place une partition contemporaine au centre de la programmation lyrique de l’été, là où la création savante peine souvent à trouver son public.

Une commande portée par une distribution resserrée

La production, co-commandée par le Festival d’Aix-en-Provence, tient dans un format volontairement intime. Dix-sept musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon accompagnent le plateau, sous la direction de la cheffe Lucie Leguay, dans une mise en scène signée Valentina Carrasco. Le rôle central de Tzia Bonaria Urrai est tenu par la mezzo Noa Frenkel, entourée de Rachel Masclet et Hugo Brady.

Le choix du Théâtre du Jeu de Paume, salle du XVIIIe siècle à la jauge réduite, rapproche le spectateur d’un récit qui repose autant sur le texte que sur la matière sonore. La partition, en douze scènes, épouse le déroulé du roman sans en illustrer le décor sarde.

Un compositeur qui revendique une part d’intime

Dans un entretien accordé à la revue Classica, Francesco Filidei a lié cette création à sa propre histoire. « C’est une histoire intime. Je suis à moitié sarde, et en lisant le roman, j’ai immédiatement reconnu quelque chose de ma propre histoire, de ma grand-mère notamment », a expliqué le compositeur, né en 1973.

Il a insisté sur son refus de toute couleur folklorique. « Je ne voulais surtout pas illustrer la Sardaigne. Ce qui m’intéresse, c’est d’en faire sentir la présence », a-t-il ajouté à la même revue, décrivant un travail où « j’ai travaillé la langue comme une matière sonore ». La démarche éloigne l’ouvrage de la carte postale méditerranéenne pour en faire un objet musical autonome.

Une réception critique favorable

Les comptes rendus parus pendant les représentations ont salué l’ouvrage. Le critique Michel Egea, sur le site Concertclassic, y a vu une « divine et sensible surprise de la 78e édition du Festival d’Aix-en-Provence », tandis que la revue Transfuge et le site ResMusica ont également relevé la réussite de la création. Les voix discordantes sont restées rares dans les médias spécialisés qui ont suivi la série.

Reste que le propos n’évacue pas la controverse historique attachée à la figure de l’accabadora, dont la réalité documentée continue de diviser les chercheurs. Le livret ne tranche pas ce débat et assume une lecture littéraire, celle du roman de Michela Murgia, plutôt qu’une reconstitution ethnographique.

Un pari sur la musique d’aujourd’hui

En misant sur une création contemporaine plutôt que sur une reprise du grand répertoire, le festival d’Aix confirme une ligne assumée depuis plusieurs éditions. L’ouvrage, conçu comme un opéra de chambre, a vocation à circuler ensuite auprès des théâtres européens partenaires de la coproduction, ce qui prolongerait la vie d’une partition au-delà de sa création provençale.

La dernière des représentations aixoises était programmée le 10 juillet, avant que « Accabadora » ne poursuive, le cas échéant, son parcours sur d’autres scènes.

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Jacques CARLES