Une epave byzantine reposant par pres de 140 metres de fond au large de l’ile croate de Mljet a livre quatre ceintures d’or serties d’emeraudes, de rubis et de perles, une bague sceau imperiale et des monnaies d’or, un ensemble que l’Institut croate de conservation presente comme le plus riche jamais remonte d’un site sous-marin en Mediterranee.
L’annonce, faite le 25 juillet 2026 par le departement d’archeologie sous-marine de l’Institut croate de conservation, referme une campagne de fouilles engagee sur ce navire depuis sa localisation en 2014. Elle rouvre surtout le dossier des echanges byzantins dans l’Adriatique au tournant du VIIIe siecle, une periode que les sources ecrites documentent tres mal.
Un navire marchand coule vers 700
Le batiment a sombre a la fin du VIIe ou au debut du VIIIe siecle, selon l’Institut croate de conservation, sur une pente sous-marine escarpee proche de Mljet. Les archeologues y voient un navire marchand de taille moyenne, transportant a la fois une cargaison commerciale et un passager de premier rang.
La profondeur du site, autour de 140 metres, explique la lenteur des travaux, menes par plongee technique sur plus de dix ans. Les premieres amphores repartout sur le fond avaient permis d’identifier l’epoque byzantine des la reconnaissance de 2014. Le reste de la cargaison, ceramiques de transport, meules et materiel de peche, dessine une activite marchande ordinaire, en decalage avec le luxe des objets d’or. Cette localisation, a plus de cent metres sous la surface, place le site parmi les epaves byzantines les plus profondes fouillees dans l’Adriatique.
Quatre ceintures d’or et une bague au portrait d’empereur
Le lot metallique compte quatre garnitures de ceinture en or, ornees d’emeraudes, de rubis et de perles, ainsi qu’une bague sceau gravee au portrait d’un empereur de la dynastie heraclienne et des solidi d’or frappes a Constantinople. La bague, qui servait de sceau officiel, indique la presence a bord d’un dignitaire, ou son transport comme cadeau diplomatique.
Pour l’Institut croate de conservation, aucun ensemble comparable de garnitures de ceinture n’avait jamais ete remonte d’un site sous-marin ailleurs en Mediterranee. Une des ceintures s’apparente de pres a une piece issue d’une sepulture avar mise au jour sur le continent croate, ce qui suggere une fabrication dans un meme atelier avant que les objets ne circulent dans des cercles distincts.
La fouille a aussi livre du materiel d’orfevre, balances, poids et creusets, comme si l’or avait pu etre travaille ou pese a bord. Igor Miholjek, responsable du departement d’archeologie sous-marine, resume la singularite de la trouvaille. « Quoi qu’il se soit passe ici, ce n’etait pas une simple entreprise commerciale », a-t-il declare.
Une fenetre sur un siecle mal documente
Le navire aurait sombre alors que l’Adriatique du haut Moyen Age passe pour une zone grise de l’histoire, coincee entre l’effacement de Rome et l’essor des puissances medievales. Francesco Borri, specialiste de la periode a l’universite Ca’ Foscari de Venise, decrit les archives des VIIe et VIIIe siecles comme « un vide », selon les propos rapportes par le National Geographic.
La cargaison remettrait en cause l’image de siecles obscurs et repliés. Justin Leidwanger, archeologue a l’universite Stanford, y voit « l’epave la plus importante de la periode », toujours selon le National Geographic. La coexistence, dans une meme cale, d’objets de cour et de marchandises courantes plaide pour un commerce byzantin plus actif, et peut-etre pour des missions diplomatiques porteuses de presents imperiaux destines a nouer des alliances regionales.
Des objets promis a l’analyse en laboratoire
Les pieces remontees rejoignent desormais les laboratoires de l’Institut croate de conservation pour restauration et etude. Les datations affinees des monnaies, l’analyse des alliages et la comparaison des garnitures avec les mobiliers avars connus doivent preciser l’origine du chargement et l’identite du passager.
L’Institut croate de conservation n’a pas annonce de date d’exposition publique des objets, dont la conservation reste delicate apres plus de treize siecles d’immersion. Les prochaines campagnes sur la pente de Mljet doivent verifier si d’autres elements de la cargaison, ou de la coque, subsistent a cette profondeur, et confirmer si le navire transportait bien un envoye imperial vers un partenaire de l’Adriatique.

