Le Conseil de la Caisse nationale de l’Assurance Maladie a voté le 9 juillet son rapport annuel « Charges et produits pour 2027 », qui vise 3,9 milliards d’euros d’économies l’an prochain face à un déficit estimé à 13,8 milliards d’euros pour 2026. Le document, présenté par la direction le 2 juillet, formule 40 propositions structurées autour de la prévention.
Le déficit attendu recule de plus de deux milliards d’euros par rapport aux 16 milliards de 2025, selon le communiqué de l’Assurance Maladie. Mais la trajectoire reste tendue, l’organisme alertant sur un dérapage possible en l’absence de réformes structurelles.
Un déficit qui pourrait tripler d’ici 2030
Sans nouvelle mesure, le déficit atteindrait 41 milliards d’euros en 2030, avertit l’Assurance Maladie dans un scénario tendanciel repris par Espace Social Européen le 10 juillet. Les dépenses de santé grimperaient alors à 270 milliards d’euros, sous la pression du vieillissement et des maladies chroniques.
Ces dernières concerneraient entre 27,7 et 30,4 millions de personnes à l’horizon 2035. Aujourd’hui déjà, un adulte sur cinq vit avec des polypathologies, pour un surcoût moyen de 8 863 euros par personne en 2024, un poids que le rapport place au cœur de sa stratégie.
Un pari revendiqué sur la prévention
Le rapport privilégie un « virage préventif » plutôt que de nouveaux déremboursements. « Rien ne sera possible sans un investissement massif dans la prévention, clé de voûte d’un système de santé sobre, solidaire et performant », affirme Thomas Fatôme, directeur général de la Cnam, dans le communiqué du 2 juillet.
Les mesures ciblent notamment la surconsommation de médicaments chez les seniors, dont un quart des plus de 65 ans sont sous benzodiazépines, et les 250 000 hospitalisations annuelles liées au pneumocoque. Sur le terrain du dépistage précoce, 18 100 enfants ont été examinés pour des troubles visuels et 11 200 pour des troubles du langage en 2024 et 2025.
Des signaux d’amélioration sur l’accès aux soins
La part des patients en affection longue durée sans médecin traitant est passée de 5,6 % à 4,3 %, tandis que les primo-installations de médecins généralistes ont bondi de 32 % en 2025, selon Espace Social Européen. Ces indicateurs nuancent le tableau d’un système sous tension.
« Ce Charges et Produits s’inscrit dans la continuité, car il poursuit une trajectoire pluriannuelle définie par le précédent rapport », précise Thomas Fatôme. L’Assurance Maladie met aussi en avant 723 millions d’euros de fraudes détectées en 2025, un montant record en hausse.
Une feuille de route pour le budget de la Sécurité sociale
Remis chaque été, le rapport « Charges et produits » nourrit le futur projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Il fixe le cadre des arbitrages à venir, entre maîtrise d’un déficit appelé à se creuser et préservation du modèle de solidarité.
L’enjeu touche directement le quotidien, du médecin traitant aux dépistages des enfants en passant par le prix des médicaments. Les 40 propositions seront désormais soumises au débat parlementaire de l’automne, qui tranchera leur traduction concrète.

