Le taux du Livret A devrait passer de 1,5 % à 1,7 % au 1er août, selon la formule de calcul appliquée après la publication de l’inflation de juin par l’INSEE. Ce serait la première hausse du placement préféré des Français après trois baisses successives, la décision officielle de la Banque de France et du ministre de l’Économie étant attendue autour du 15 juillet.
Le rebond interviendrait alors que le Livret A traverse une hémorragie inédite. Sur les cinq premiers mois de l’année, il enregistre une décollecte nette de 5 milliards d’euros, un renversement qui interroge l’attrait d’un produit destiné à financer le logement social.
Une hausse mécanique portée par les taux courts
La formule combine la moyenne semestrielle de l’inflation hors tabac et celle de l’indice interbancaire €STR, encore élevé, avant d’en retenir la moitié. Elle ressort autour de 1,74 %, arrondi à 1,7 %, calcule Meilleurtaux Placement le 7 juillet. Le mécanisme joue à plein alors même que les prix ralentissent.
L’INSEE a en effet confirmé le 10 juillet une inflation de 1,8 % sur un an en juin, après 2,4 % en mai, portée par le reflux de l’énergie. « Jusqu’à récemment, il semblait que la formule impliquerait 1,80 %, mais la baisse-surprise de l’inflation hors tabac en juin a réduit le résultat du calcul », observe Éric Dor, directeur des études économiques à l’IÉSEG School of Management, cité par Meilleurtaux Placement.
Une décollecte au plus bas depuis 2009
En mai, les retraits ont dépassé les dépôts de 630 millions d’euros, le pire mois de la série statistique de la Caisse des Dépôts depuis le 1er janvier 2009, relève Option Finance le 24 juin. L’encours cumulé du Livret A et du Livret de développement durable et solidaire atteignait tout de même 609,5 milliards d’euros fin mai.
« Le Livret A a enregistré en mai sa cinquième collecte négative consécutive », explique Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne. Il ajoute que « les ménages continuent à mettre de l’argent de côté, mais privilégient désormais l’assurance-vie », dont les rendements sont jugés plus attractifs.
Un rendement rogné par l’inflation
La désaffection s’explique en partie par un rendement réel négatif. À 1,5 % face à une inflation de 2,4 % en mai, 1 000 euros placés rapportaient 15 euros d’intérêts mais perdaient environ 24 euros de pouvoir d’achat. Le calcul a nourri les arbitrages vers des supports mieux rémunérés.
La revalorisation attendue concernerait environ 58 millions de détenteurs, soit près de 83 % des Français, selon les estimations d’Auguste Patrimoine. Elle vise à enrayer la fuite des capitaux d’un livret réglementé qui reste, via la Caisse des Dépôts, un pilier du financement du logement social.
Une marge de manœuvre pour le ministre
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a confirmé le 30 juin sur BFM TV que le taux « va augmenter » au 1er août, le gouvernement étant en train de « finaliser les calculs ». En vertu du décret du 27 janvier 2021, il dispose d’un pouvoir dérogatoire lui permettant de fixer un taux différent de la formule.
Un niveau de 1,8 %, voire 2 %, a été évoqué pour préserver le pouvoir d’achat des épargnants. La décision attendue autour du 15 juillet dira si l’exécutif s’en tient strictement au calcul, avant une entrée en vigueur programmée pour le 1er août.

