Pauvrete, le taux atteint 15,4 % en France en 2024, son plus haut niveau depuis 1996

L’Insee a etabli jeudi 9 juillet que 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvrete monetaire en France metropolitaine en 2024, soit un taux de 15,4 %, stable sur un an mais a son plus haut niveau depuis 1996. L’etude, publiee sous le numero Insee Premiere 2117, porte sur les revenus de l’annee 2024.

Derriere l’apparente stabilite, l’institut statistique decrit un plateau historiquement eleve. Jamais la France n’avait compte une part aussi importante de sa population sous ce seuil depuis que l’indicateur est mesure, ce qui interroge l’efficacite des dispositifs de redistribution.

Un plateau historiquement haut

“Le taux de pauvrete monetaire s’etablit en 2024 a 15,4 % en France metropolitaine. Il est stable par rapport a 2023 et reste ainsi a son plus haut niveau depuis 1996”, ecrivent Christelle Rieg et Arnaud Rousset, auteurs de l’etude a la division Revenus et patrimoine des menages de l’Insee. La stabilite d’une annee sur l’autre masque donc un ancrage durable de la pauvrete a un niveau record.

Un seuil a 1 337 euros par mois

Le seuil de pauvrete monetaire correspond a 60 % du niveau de vie median. En 2024, il s’etablissait a 1 337 euros par mois pour une personne seule. En deca de ce montant, une personne est comptabilisee comme pauvre au sens de l’Insee. Ce reperage statistique, commun aux comparaisons europeennes, permet de suivre l’evolution de la precarite sur longue periode.

Familles monoparentales et chomeurs en premiere ligne

La pauvrete reste tres inegalement repartie selon les situations. Les familles monoparentales affichent un taux de 34,0 % et les chomeurs de 36,1 %, soit plus du double de la moyenne nationale.

  • Familles monoparentales : 34,0 % sous le seuil de pauvrete.
  • Chomeurs : 36,1 %.
  • Independants : 18,4 %, contre 6,9 % pour les salaries.

Parmi les personnes en emploi, les independants apparaissent nettement plus exposes que les salaries, signe que l’activite ne protege pas uniformement de la pauvrete. Le statut d’emploi, la configuration familiale et la situation face au marche du travail ressortent ainsi comme les principaux facteurs de basculement sous le seuil.

Un indicateur suivi a l’echelle europeenne

Le taux de pauvrete monetaire calcule a 60 % du niveau de vie median constitue la norme de comparaison retenue au niveau europeen, ce qui permet de situer la France par rapport a ses voisins. Cet indicateur mesure une pauvrete relative, liee a l’ecart avec le niveau de vie median, et non un seuil de subsistance absolu. Son evolution sur longue periode reste l’un des reperes les plus scrutes pour evaluer la cohesion sociale, au-dela des seules statistiques de croissance ou d’emploi.

Un record qui interroge les politiques publiques

Ce niveau record intervient alors que le gouvernement cherche des economies supplementaires, notamment du cote de la Securite sociale, et que certaines prestations n’ont pas ete revalorisees au 1er juillet. La persistance d’un taux aussi eleve, malgre l’existence d’un systeme de redistribution parmi les plus developpes d’Europe, nourrit le debat sur son efficacite.

L’etude confirme aussi le role d’amortisseur des transferts sociaux, sans lesquels le taux de pauvrete serait nettement superieur. Le maintien du plateau a 15,4 % illustre toutefois les limites atteintes par ces dispositifs pour faire reculer la pauvrete plutot que la contenir. Les prochaines etapes du budget 2026-2027 diront si les arbitrages a venir accentuent ou attenuent la pression sur les menages les plus fragiles.

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Jacques CARLES