Sur le site de la Domus de Cieutat, à Eauze dans le Gers, une équipe de fouille a dégagé une mosaïque romaine du IVe siècle de plus de 42 mètres carrés, longtemps restée incomplète depuis un premier repérage en 2012.
La découverte offre pour la première fois une vision presque complète d’un décor d’apparat appartenant à Elusa, capitale antique de la Novempopulanie. Elle illustre aussi une manière de fouiller devenue rare, sur un terrain gelé de toute construction depuis plus de quarante ans, sans la pression d’un chantier d’aménagement.
Un puzzle antique enfin reconstitué
Un premier tiers du tapis de mosaïque avait été mis au jour en 2012, lors de sondages menés par l’archéologue Pierre Pisani. Les deux tiers restants viennent d’être dégagés, révélant un ensemble géométrique de tresses, de losanges et de fleurons, sans figure humaine ni animale.
Le décor mêle des tesselles noires, rouges, blanches et bleues. « Aujourd’hui, nous pouvons enfin mesurer précisément cet ensemble qui couvre plus de 42 m² et qui est pratiquement complet », a indiqué Laurent Callegarin, professeur à l’Université de Pau et responsable des opérations, à France 3 Occitanie.
Le signe d’une demeure aisée
Les matériaux employés renseignent sur le statut des propriétaires. « Nous avons du noir, du rouge, du blanc mais aussi du bleu. Les tesselles sont réalisées à partir de différents matériaux, essentiellement des pierres calcaires mais également du marbre », a détaillé le responsable des fouilles à la même chaîne régionale.
Pour l’archéologue, la richesse du décor ne laisse guère de doute sur la fonction de la pièce. « Tout indique que nous sommes dans une pièce prestigieuse appartenant à une demeure aisée », a-t-il ajouté. Elusa, cité importante de l’Aquitaine du Bas-Empire, comptait plusieurs de ces maisons urbaines ornées de mosaïques et de marbres.
Capitale de la province de Novempopulanie, dans le sud-ouest de la Gaule, Elusa fut un centre urbain de premier plan à l’Antiquité tardive. La Domus de Cieutat en constitue l’un des témoins les plus parlants, avec ses salles chauffées, ses sols d’apparat et ses matériaux importés, qui dessinent le mode de vie d’une élite provinciale à la fin de l’Empire romain.
Une fouille menée sans urgence
La particularité de l’opération tient à son cadre. Il ne s’agit pas d’une fouille préventive déclenchée par des travaux, mais d’une fouille programmée, inscrite dans le temps long de la recherche. « Nous sommes dans une fouille programmée. Il n’y a aucune urgence liée à un projet d’aménagement. Cela nous permet de travailler dans le temps long », a souligné Laurent Callegarin.
Ce confort de méthode découle d’un choix ancien de la commune, qui a maintenu une vingtaine d’hectares à l’abri de toute urbanisation depuis le début des années 1980. Cette réserve foncière, décidée bien avant la découverte, a préservé un secteur que des constructions auraient pu détruire.
La documentation d’un décor fragile
Le chantier se poursuit désormais par un travail de relevé et d’étude. Des spécialistes des mosaïques antiques sont attendus pour analyser la composition, tandis que la couverture par drone doit permettre de documenter au centimètre carré un ensemble que sa surface rend difficile à saisir d’un seul regard, avant les décisions à venir sur sa conservation.

