Depuis le 1er juillet 2026, tout colis de moins de 150 euros importé dans l’Union européenne supporte une taxe forfaitaire de 3 euros par catégorie de produits — une mesure qui met fin à la franchise douanière dont profitaient Shein, Temu et AliExpress depuis des années.
La fin d’une franchise exploitée pendant une décennie
Jusqu’au 30 juin 2026, les envois dont la valeur totale restait inférieure à 150 euros entraient dans l’Union européenne sans droits de douane. Cette règle, initialement conçue pour les petits envois personnels, était devenue le principal outil de compétitivité des plateformes chinoises à bas prix.
La Commission européenne avait alerté dès 2023 sur cette distorsion de concurrence au détriment des commerçants européens, contraints de collecter la TVA sur chaque transaction. Selon les données d’Eurostat citées par la Commission, le nombre de colis inférieurs à 150 euros entrant dans l’UE est passé de 600 millions en 2019 à plus de 2,3 milliards en 2024.
Euronews, qui a suivi le dossier depuis le vote du Conseil européen le 30 juin, résumait ainsi la situation : « L’Europe vient de mettre fin à la plus grande niche fiscale de l’ère du commerce numérique. »
Comment la taxe se calcule concrètement
La nouvelle règle s’applique par catégorie tarifaire de produits, et non par article ou par colis — une distinction qui change considérablement la facture finale selon la composition de la commande.
- Un colis contenant cinq t-shirts identiques relève d’une seule catégorie : 3 euros dus.
- Un colis réunissant un t-shirt, un jean et des baskets correspond à trois catégories : 9 euros dus.
- Un achat groupant dix articles de lingerie du même type reste taxé 3 euros au total.
Pour un consommateur commandant un assortiment habituel de vêtements — trois ou quatre articles de catégories différentes — le surcoût dépasse aisément 9 à 12 euros sur des commandes qui oscillent souvent entre 15 et 40 euros.
La surtaxe française de 2 euros suspendue
La France avait anticipé la mesure européenne en instaurant, dès le 1er mars 2026, une surtaxe nationale de 2 euros par catégorie de colis importé. Cette taxe domestique a été suspendue au 1er juillet 2026, date d’entrée en vigueur du dispositif communautaire.
L’effet net pour le consommateur est donc une légère hausse : pendant la période mars-juin 2026, seule la surtaxe française de 2 euros s’appliquait ; depuis juillet, c’est la taxe européenne de 3 euros qui prend le relais, sans cumul avec la taxe nationale.
Une possible augmentation à 5 euros dès novembre
La Commission européenne examine la possibilité de porter la taxe à 5 euros par catégorie à partir de novembre 2026. Cette option, évoquée dans le rapport d’impact publié en mai 2026 par la direction générale Taxation, dépendra des données collectées sur les premiers mois d’application.
Les associations de consommateurs européennes, dont UFC-Que Choisir en France, soutiennent le principe de la mesure tout en appelant à une harmonisation stricte entre États membres pour éviter les contournements.
Les plateformes concernées
- Shein (Chine) : première plateforme mondiale de mode rapide, environ 3 milliards de colis expédiés à l’international en 2024.
- Temu (PDD Holdings, Chine) : entrée en Europe en 2022, croissance exponentielle sur le marché français.
- AliExpress (Alibaba) : historiquement la plus ancienne des plateformes chinoises à destination du marché européen.
Pour ces acteurs, confrontés simultanément à des procédures européennes au titre du règlement DSA (Digital Services Act) et à des contrôles renforcés sur la conformité de leurs produits, la taxe sur les petits colis constitue un signal supplémentaire que les règles du marché intérieur s’appliquent désormais sans passe-droit.

